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Feb 24, 2019

COMM dans la Cité



https://www.culturebanque.com/carriere/etudes/

Vernon - Eure -

GORGIAS

Toutefois, Socrate, il faut user de la rhétorique comme de tous les autres arts de combat. Ceux-ci en effet ne doivent pas s'employer contre tout le monde indifféremment, et parce qu'on a appris le pugilat, le pancrace, l'escrime avec des armes véritables, de manière s'assurer la supériorité sur ses amis et ses ennemis, ce n'est pas une raison pour battre ses amis, les transpercer et les tuer. (...) On doit porter le même jugement sur la rhétorique. Sans doute l'orateur est capable de parler contre tous et sur toute chose de manière à persuader la foule mieux que personne, sur presque tous les sujets qu'il veut (...) Au contraire, on doit user de la rhétorique avec justice, comme de tout autre genre de combat.


(...)

SOCRATE

La vérité est peut-être un peu rude à dire, et j'hésite à la dire à cause de Gorgias. J'ai peur qu'il s'imagine que je veux jeter le ridicule sur sa profession. Je ne sais pas, moi, si la rhétorique que Gorgias professe est ce que j'ai en vue; car notre conversation de tout à l'heure ne nous a pas éclairée du tout sur ce qu'il pense. Mais ce que j'appelle rhétorique, c'est une partie d'une chose qui n'est pas du tout belle.


 Gorgias - Platon  - GF Flammarion - Trad. Émile Chambry


Vernon - 02/2019

May 28, 2016

La prêtresse de Mantinée

Montagny-en-Vexin  - 05/2016

Diotime de Mantinée
...
C'est à ce point de la vie, mon cher Socrate, reprit l'étrangère de Mantinée, plus qu'à n'importe quel autre, que ce situe le moment où, pour l'être humain, la vie vaut d'être vêcue, parce qu'il contemple le beautée en elle-même.
...
Socrate
Voilà Phèdre, et vous tous qui m'écoutez, ce que m'a dit Diotime; et elle m'a convaincu. Et comme elle m'a convaincu, je tente de convaincre les autres aussi que, pour assurer à la nature humaine la possession de ce bien, il est difficile de trouver un meilleur aide qu'Eros.
...
Platon - Le Banquet - Trad. Luc Brison

Apr 21, 2016

Thèse de socio

Tourville-la-rivière - cabine d'essayage de chez Brice - 19/04/2016

Romain avait enfin arrêté le sujet de sa thèse avec son directeur. Ça n'avait pas été facile parce Robert Darget, son directeur de thèse, trouvait le champ de l'étude proposé au départ trop vaste, un peu fourre-tout, un peu bateau. Ils passèrent de longues heures à discuter le sujet ensemble. Robert poussait Romain à préciser sa pensée, ses intuitions, et ce travail très en amont de la thèse avait été vraiment fructueux. Les choses avaient mûri dans la tête de Romain; évoluées même. Ça serait finalement « Révolution numérique et perte du sens républicain dans les démocraties occidentales par enracinement du dogme de l'individualité-authenticité dans les modes de consommation ».

«Gros travail ! avait prévenu son directeur. Il faudra d’abord que tu définisses les concepts d’individualité et d’authenticité pour les dégager de la grande variabilité des acceptions qui fleurissent aujourd'hui dans les esprits. Ce sont des notions fluctuantes et largement dépendantes de la culture du pays, du niveau social, de l’époque. »

L’authenticité et l’individualité était peut-être d’autant plus protéiformes qu’elles relevaient l'une comme l'autre, d'une pensée magique dans nos sociétés. Elles avaient rejoint la part d’irrationnel propre à chaque époque. Quant aux modes de consommations nés de l’air numérique, la difficulté à les prendre en compte venait du fait qu'ils couvraient un large spectre de problématiques sociétales: réseaux sociaux via internet, management par objectif individuel au travail appuyé sur des statistiques de production en temps réel, programme de télévision à la carte, liens commerciaux personnalisés via les comptes-clients, cartes de fidélité, profiling sur les sites de rencontres, e-coaching pour étudiant en difficulté ou pour non-sportifs repentants, personnalisation de produits de plus en plus complexes, émergences et morts darwiniennes des supports de réseaux (Blogger, Facebook, et depuis peu à l'époque, un nouveau réseau appelé Twitter, ...). Le culte de l'individualité-authenticité commandait presque tous nos modes de consommation. L’authenticité affichée leur donnait une apparence de légitimité. Elle les rendaient désirables et presque vertueux. Notre culture avait fait de l'individualité-authenticité une valeur totémique, universelle et intouchable.

Si les enquêtes et la collecte d’informations ne seraient pas un problème, par contre, le travail de tri et de regroupement préparatoire pouvait bien constituer le premier risque d'échec. Mieux valait sentir un peu où on allait. Robert avait mis en garde Romain sur ce point : pas question de se lancer tête en avant dans un long travail d’archivage des données. 

- Tu auras besoin d'associer à chaque data saisie, des tags, des mots clés, un indexage, afin de te permettre des extractions ultérieures dans la base documentaire que tu auras constituée.

Il était nécessaire aussi de réfléchir à des critères pertinents pour dégager du sens dans toute cette masse informe de matériaux. Oui, mais des critères pertinents dans quel but? Au départ, Romain formulait l'hypothèse de la destruction de sens civique dans nos démocraties contemporaines par l'effet de l'individualisme exacerbé au travers de la consommation que rend possible les technologies numériques, et nécessaire le besoin d'augmenter toujours plus les volumes de ventes et les échanges, du fait de la réduction des marges bénéficiaires imposée par la concurrence. Par-delà cette hypothèse de départ communément admise (un lieu commun en fait), Romain pressentait que les technologies numériques pouvaient cependant constituer un outil efficace pour faire vivre une nouvelle forme de démocratie. La nouveauté serait d’ailleurs toute relative, car Romain avait l’intuition de la possibilité du retour à une démocratie directe comme celle de l’Athènes de Périclès. Cette forme de gouvernance n’avait été entre-autre possible que du fait de la petite taille de la cité (environ 30 000 votants: les hommes libres et athéniens). Les moyens de communication numériques aujourd'hui pouvaient peut-être relancer cette forme d’exercice du pouvoir à plus vaste échelle, à l'échelle d’un grand pays occidental. Enfin, c’est comme ça que Romain le sentait. Les critères choisis devaient permettre de relativiser sa première hypothèse de départ et de glisser vers le cœur de la thèse, vers l’intuition de la e-démocratie directe en gestation.

Mais avec la définition de ces critères, que Robert demandait, n'était-on pas finalement dans un processus qui s'apparentait au délire, où un sujet projette sur le monde extérieur sa propre vision du monde et où il cherche avec une inévitable part de subjectivité (voire une subjectivité totale dans le cas du délire) des critères d'évaluation destinés à conforter cette vision, coûte que coûte? Romain avait le vague pressentiment qu'il s'engageait dans une démarche autarcique et autoréférente. Les critères choisis pouvaient forts bien constituer une sorte de prisme de lecture du monde dont les facettes interdiraient toute approche alternative. Le prisme forcerait l'étude suivant ses propres axes optiques. On ne trouve que ce que l'on cherche et on ne cherche que ce qu'on a envie de trouver. C'est un des paradoxes de la connaissance.

Romain était-il dans un processus de connaissance avec cette thèse ou bien dans un processus consistant à forcer le réel à se plier à ses hypothèses pour obtenir son doctorat et le poste promis à l'université? Il se sentait dans une forme d'irréalité. Son étude porterait sur des faits bien établis, certes, mais sujets à multiples interprétations, avec leur part d'ambiguïté, leur ductilité. N'allait-il pas analyser un monde fantasmé par ses propres projections mentales ? Ne tournerait-il pas en rond ? Ne voyait-il pas du regain de démocratie partout dans le numérique? La pertinence de son étude ne pouvait pas se matérialiser par des résultats ayant l'objectivité de ceux que les sciences dures produisaient. Comment faire dans les sciences humaines sans l'aide du formalisme mathématique, si efficace en physique par exemple? Hormis la Statistique et certains modèles macroéconomiques (il demanderait à Sophie de lui faire des topos sur les modèles d'éco le plus pertinents), il n'y avait pas d'autres usages des mathématiques dans la boite à outil conceptuelle des sociologues. Et si on allait encore plus loin, rejoignant Platon et Atlan, comment pouvait-on découvrir consciemment de l’absolument nouveau, conceptuellement parlant, alors que la mémoire consciente, notre substrat pour toute réflexion rationnelle, ne contenait que des idées tirées des expériences vécues, donc du passé, c'est-à-dire par définition, étrangères à la nouveauté ? C'est un point que Ménon aborde avec Socrate dans le dialogue éponyme de Platon :

Ménon

- XIV- Et comment t'y prendras-tu, Socrate, pour chercher une chose dont tu ne connais pas du tout ce qu'elle est ? Parmi les choses que tu ignores, laquelle te proposes-tu de chercher ? A supposer même que, par une chance extraordinaire, tu tombes sur elle, comment sauras-tu que c'est elle, puisque tu ne l'as jamais connue ?

Socrate

- Je comprends ce que tu veux dire, Ménon. Vois-tu bien quelles disputes soulève ce sujet que tu mets sur le tapis, qu'il n'est pas possible à l'homme de chercher ni ce qu'il sait, ni ce qu'il ne sait pas ? Il ne saurait chercher ce qu'il sait, puisqu'il le sait, et en ce cas, il n'a pas besoin de chercher, ni ce qu'il ne sait pas par la raison qu'il ne sait même pas ce qu'il doit chercher.

Romain eut un gros doute sur la pertinence de son travail vers la fin de décembre. C'est à cette époque que la mode des vitres de voitures filmées en noir était à son paroxysme. Ça semblait être l'exemple paradigmatique du déni du vivre-ensemble chez des individus repliés sur leur intimité ; chacun se cachait des autres jusque dans sa propre voiture, au beau milieu de la circulation; de l'individualisme pur-boeuf . Romain repensait à Sous les feux du soleil de Izaac Azimov paru dans les années 70. Il avait particulièrement aimé ce roman de science-fiction. L'auteur y décrivait un monde où les humains restaient cloîtrés chez eux, ne supportant plus la présence physique des autres. Les communications se faisaient par des moyens télématiques sophistiqués (où l'on se montrait sans aucune pudeur d’ailleurs, car la pudeur n’était ressentie que dans les vrais contacts physiques; contacts que cette société avait d'ailleurs entièrement supprimés; les robots se chargeaient des navettes entre les pavillons isolés). Il semblait à Romain qu'on s'approchait un peu de tout ça avec cette pudeur en voiture derrière les vitres noires à l'opposé des étalages d'intimité sur le web.

Un matin que Romain attendait son train à Saint-Lazare, il entendit deux gars discuter à côté de lui, sur le quai:

- ….. la mode des vitres noires, c'est uniquement pour pouvoir téléphoner tranquille au volant! Ni vu, ni connu ! C'est rien que pour ça ! C'est pour pas se faire aligner.

- Sûr que c'est que pour ça ! Les gens n'acceptent plus de se passer de téléphone !

Mince ! C'était pas con ! 'Pas con du tout ! C'était même une hypothèse autrement plus solide que ses vitres noires en déni de sens  républicain. C'était bien une problématique d'individualisme, en quelque sorte, mais il n'y avait rien d'antidémocratique là-dedans; rien que l'envie de téléphoner pépère en voiture sans risquer la contravention. C'est aussi en décembre, après l'épisode de la gare Sain-Lazare que Romain lâcha sa thèse de sociologie (au grand désespoir de Robert) pour bifurquer vers des études de philosophie. 

A partir de cette époque, Romain traina toujours dans son sac un Platon (Ménon dans la collection Garnier-Flamarion), un Atlan (Entre le cristal et la fumée), et un Piaget.

Aubevoye - 04/2016

Feb 8, 2016

République

Encre et calame - lavis- pastels secs - 02/2016

- Si donc nous devons avoir recours aux femmes pour le mêmes fonctions que les hommes, il faut leur enseigner les mêmes choses. (Socrate)
- Oui (Glaucon)
- Or eux, on leur a donné la musique et la gymnastique.
- Oui.
- Il faut donc que ces arts soient accordés aux femmes, de même que ce qui concerne la guerre, et il faut avoir recours à elles dans les mêmes conditions.
- Cela semble découler de ce que tu dis, dit-il
Peut-être alors, repris-je, bien des choses que nous exposons maintenant paraîtraient-elles ridicules et contraire à l'usage, si on mettait en pratique ce qu'on avance en paroles.
- Oui, en effet, dit-il
- Que vois-tu, dis-je, de vraiment ridicule là-dedans? N'est-ce  pas évident de laisser les femmes s'entraîner nues dans les palestres en compagnie des hommes, [452b] non seulement les jeunes femmes, mais celles qui sont déjà plus âgées, à l'exemple de ces hommes âgés qui aiment encore s'exercer nus dans les gymnases, même s'ils sont ridés et plus très agréables à regarder?
- Oui, par Zeus, dit-il, cela paraîtrait ridicule, surtout à notre époque!
- Eh, bien repris-je, puisque nous avons cédé à notre désir de parler, il ne faut pas avoir peur des moqueries des beaux esprits, quelles que soient les objections qu'ils formuleraient au regard de la réalisation de ce changement. [452c] tant en ce qui concerne les exercices de gymnastique que la musique, et encore moins le port des armes et l'art de la cavalerie.
- Tu as raison, dit-il.
- Mais puisque nous avons commencé à parler, il faut que nous progressions jusqu'à ce point de la loi qui semble rébarbatif. Demandons à ces beaux esprits de ne pas exercer leurs tâches mais d'être sérieux, et rappelons-leur qu'il n'y a pas si longtemps qu'aux yeux des Grecs certaines choses paraissaient honteuses et ridicules qui le sont encore aujourd'hui à la majorité des Barbares, à savoir que les hommes se laissent voir nus. Rappelons-leur aussi que lorsque les Crétois, les premiers, puis les Lacédémoniens commencèrent à s’exercer à la gymnastique, pour les gens raffinés de ce temps-là, tout cela était l'objet de raillerie. Ne le crois-tu pas?

Platon - La République - livre V - Trad. Georges Leroux - Ed. Garnier Flammarion

Jan 20, 2016

Relire


Graffiblog - 01/2016

Il était là devant lui, sur l’étagère. Il regardait Romain fixement depuis le début de la semaine. Mais il était à cette place depuis des mois dans la bibliothèque, seulement maintenant il lui faisait signe. Les objets comme les amants connaissent et utilisent les mêmes stratégies de séduction que nous, pour que nous les aimions, pour que nous les reprenions.

Romain rouvrit la Recherche du Temps perdu. Le gros pavé était hérissé de marques-page adhésifs de couleur. La relecture de la Recherche, il y a deux ans, avait été pour lui une redécouverte de l’œuvre, en profondeur. Les petits marques-page de plastique rouge, vert et jaune qui sortaient du livre en témoignaient. Le volume posé sur le bureau, ils formaient comme les marches inégalement réparties d’un escalier gravissant la tranche du livre. C’était là toute l’histoire de la relecture, matérialisée dans ses rythmes, ses découvertes, ses excitations au fil des pages.

Il semblait que la Recherche s’était un peu livrée à Romain lors de cette deuxième lecture. Il avait découvert alors dans cette œuvre si vaste et si riche, comme un fil conducteur, comme une basse continue qui le ramenait toujours à l’Ethique de Spinoza. Comme dans l’Ethique, la Recherche parcourait un monde immanent. Il avait semblé à Romain que l’Au-delà, la transcendance divine et plus généralement la métaphysique, n’avait pas le droit de cité dans l’œuvre de Proust. Les métaphores de la Recherche étaient toujours relatives au monde physique. Les histoires d’amour s’y déployait suivant des lois proches de celles de la botanique, la lutte des idées et des sentiments des personnages, leur vie psychologique, était comme mue par des pressions et des contre-pressions, révélée ou nimbée dans des jeux d’ombres et de lumière et des phénomènes de diffraction.

Romain disait, non sans une pointe de fierté, que lire la Recherche ou lire l’Ethique, c’était la même chose ! Si les trois cents pages de l’Ethique s’offraient dans une aridité toute minérale, les trois mille de la Recherche étaient une aventure dans la profusion et l’enchevêtrement floral d’une forêt tropicale, sous des canopées luxuriantes. Mais au bout du compte, ça semblait être le même voyage.

Romain rouvrit le livre et tomba au hasard sur le passage où le narrateur évoquait la mémoire volontaire et sa quasi-cécité quand elle se retournait vers les années passées de notre vie. Que se rappelle-t-on des premières heures, des premiers jours de notre existence ? Rien !Notre passé est comme un immense gouffre insondable, d’un noir profond, où seules jaillissent, éparses, quelques bribes de souvenirs, quelques éclairs que la mémoire volontaire a pauvrement fixés avec des noms de rue et des noms de personnes presque artificiellement cousus à des petits récits figés. Hors ces flashes, une profondeur abyssale opaque. A quelle profondeur dans le passé s’enfonçaient cette béance sous notre esprit? Jusqu’à notre naissance ? Jusqu’à la vie intra-utérine ? Jusqu’à des vies antérieures ? Si les vies antérieures ne pouvaient être prouvées, du moins leurs existences pouvaient être raisonnablement supposées puisque, dans la nuit de notre mémoire, qu’aucunes bornes, aucunes limites ne venaient entraver cette hypothèse.

Romain fut surpris de la teneur de ce passage. Il ne se souvenait pas avoir jamais lu ces spéculations métaphysiques.

Il poursuivi sa promenade dans l’œuvre. La chambre où il était, le bureau sur lequel il s’accoudait n’existaient plus maintenant. La Recherche l’avait enlacé et ravit à la réalité de ce début de matinée d’hiver. Il s’arrêta sur la page faisant le récit de la mort de Bergotte. Il connaissait bien ce passage avec le fameux petit pan de mur jaune dans la Vue de Delft de Vermeer, le petit pan qui avait échappé à Bergotte, lui qui croyait pourtant bien connaitre cette peinture. Romain lu le passage jusqu’au bout, c’est-à-dire plus loin que ce qu’on en rappelle habituellement, et fut encore une fois surprit que les pensées de l’auteur, s’élevant du récit factuel de la mort de Bergotte, filaient vers de nouvelles spéculations métaphysiques. Rien en ce monde n’avait obligé Vermeer à couvrir ce petit pan de mur jaune d’une précieuse matière. Rien si ce n’est, peut-être les règles d’un autre monde que notre monde terrestre. Un monde d’où nous venons à la naissance et où nous repartirons peut-être après la mort. Un monde qui a versé en nous le désir de beauté, d’équité, de bienveillance et dont nous rapportons au fond de nous les enseignements dans ce monde ci. Romain était à nouveau stupéfait ! Il découvrait un Proust plus platonicien que spinoziste.

Romain était avec la Recherche comme Bergotte avec la Vue de Delft. Il avait eu la faiblesse de croire qu’il avait percé la trame philosophique dominante et monolithique sur laquelle l’auteur avait tendu toute la narration, et voilà qu’il découvrait en butinant dans le texte, d’autres pollens, d’autres saveurs sous les mots, une trame avec des nuances, des singularités, des exceptions, des ouvertures, des petits pans de mur jaunes philosophiques blottis au détour d’un paragraphe.

Et c’est alors qu’il eut la certitude qu’il relirait un jour, pour la troisième fois, la Recherche du Temps perdu.

Val de Reuil 01/2016
Relire : Laure Murat
http://www.franceculture.fr/emission-hors-champs-relire-15-laure-murat-2015-12-28

Dec 27, 2015

Gorgias où l'oralité dans la Cité

 
Lavis et calame (détail)  - CT - 2015
 
Dialogue de Platon: Gorgias ou de la rhétorique

Gorgias quitte la Sicile pour se rendre en ambassade à Athènes Vers 427. Le grand Périclès vient de mourir deux ans plus tôt. Athènes est en guerre contre Spartes et sort affaiblie d'une épidémie de peste. Par l'extérieur comme de l'intérieur, la cité athénienne jadis toute puissante est fortement fragilisée. La démocratie accompagne une socièté sur le déclin. Plus que jamais, les questions de politique sont cruciales. Le mauvais usage du pouvoir politique pourrait bien accélérer la chute de la cité qui naguère puissante dirigeait seule la ligue de Délos contre les Mèdes.

Début du dialogue: Socrate, accompagné de son ami Khairéphon, rencontre Calliclès au sortir d'une réunion où Gorgias a fait de beaux discours. Socrate est déçu d'arriver trop tard, mais Calliclès lui propose de venir chez lui écouter le maître de rhétorique.
 
- Eh bien, venez chez moi, quand vous voudrez. C'est chez moi que Gorgias est descendu. Il vous donnera une séance.
 
S'ensuit une première discussion entre Socrate et Gorgias. Socrate interroge Gorgias afin de savoir ce qu'est la rhétorique. Pour Gorgias, la rhétorique est l'art de la persuasion par le discours. Dans la démocratie directe de la Cité athénienne, c'est un art précieux. Les sophistes et les rhéteurs professionnels vendent leurs cours très chers aux jeunes aristocrates athéniens qui veulent se lancer dans la politique. Car la démocratie athénienne ne s'appuie pas sur un corpus de lois écrites comme le seront plus tard les républiques romaines ou nos républiques modernes. C'est une démocratie directe où les hommes politiques s'adressent directement aux électeurs réunis en assemblée pour voter les propositions mises en débat. Encore faut-il savoir parler devant en public.

Gorgias s'installe avec succès à Athènes pour enseigner la rhétorique aux jeunes athéniens qui se préparent à embrasser une carrière politique dans la cité, mais pour Platon, la rhétorique n'est pas un art. Comme la sophistique, c'est pour lui tout au plus une flatterie, comme le cuisinier flatte le corps avec de bons plats sans chercher à le soigner. Des mets agréables peuvent être mauvais pour le corps; un régime sévère peut être nécessaire à la santé.

Socrate en arrive à la conclusion qu'il y a donc au moins deux voies pour persuader l'assemblée dans la Cité: la persuasion par la rhétorique, survolant le sujet débattu et ne véhiculant dans la foule que des croyances, et la persuasion par le discours de la science, qui dans sa démarche rationelle, s'attache à dégager des vérités éternelles.

(p180) Socrate

- La rhétorique est donc, à ce qu'il parait, l'ouvrière de la persuasion qui fait croire, non de celle qui fait savoir relativement au juste et à l'injuste.

Gorgias

- Oui

Socrate

- A ce compte, l'orateur n'est pas propre à  instruire les tribunaux et les autres assemblées sur le juste et l'injuste, il ne peut leur donner que la croyance. Le fait est qu'il ne pourrait instruire en si peu de temps une foule si nombreuses sur de si grands sujets.

Gorgias

- Assurément non.

 
La rhétorique est une routine qui ne va pas au fond des choses. Le rhéteur n'a pas besoin de connaitre un sujet pour en parler et convaincre la foule. Si Platon attaque les rhéteurs et les sophistes dans ce dialogue, il a cependant l'honnêteté intellectuelle de laisser Gorgias défendre et relativiser la rhétorique :
 
(p184) Socrate
 
- Tu disais tout à l'heure que, même en ce qui regarde la santé, l'orateur est plus habile que le médecin.
 
Gorgias
 
- Oui, au moins devant la foule.
Socrate
 
- Devant la foule, c'est-à-dire devant ceux qui ne savent pas ; car, devant ceux qui savent, l'orateur sera certainement moins persuasif que le médecin.
 

Gorgias
 
- C'est vrai
 
 
Pour Platon (Socrate), ce qui est condamnable chez les rhéteurs, c'est leur prétention à pouvoir emporter le vote de la foule sur n'importe quel sujet, sans pour autant être expert dans le domaine. Il y a là une forme de manipulation et donc une forme de mise en péril de la Cité. Platon laisse cependant à Gorgias le soin de préciser les limites du pouvoir de la rhétorique et l'usage qu'on doit en faire. Platon n'a jamais caché dans ses dialogues les arguments de poids de ses adversaires politiques.
 
(p182) Gorgias
 
- Sans doute l'orateur est capable de parler contre tous et sur toute chose de manière à persuader la foule mieux que personne, sur presque tous les sujets qu'il veut ; mais il n'est pas autorisé pour cela à dépouiller de leur réputation les médecins ni les autres artisans, sous prétexte qu'il pourrait le faire ; au contraire, on doit user de la rhétorique avec justice, comme de tout autre genre de combat.

Voilà, c'est dit, la rhétorique est une forme de combat en démocratie. C'est un combat devant la foule (le peuple des votants de la Cité); un combat permanent dans la démocratie athénienne directe qui n'a pratiquement aucun corpus de lois comme fondement. Seuls les discours permettent de convaincre.

Mais ce peut être aussi un combat dans une démocratie adossée comme la notre à un corpus de lois, quand ce combat porte sur des idées qui ne s'appuient encore sur aucun texte : soit que les lois existantes sont en opposition avec les idées défendues, soit que les lois qui rendront applicables ces idées ne sont pas encore votées.
 
A la fin du dialogue, Calliclès soutient à Socrate, que dans l'ordre de la nature, c'est aux forts de dicter leurs lois aux plus faibles. C'est ainsi que la Cité doit être organisée. On ne doit pas étouffer les forts avec la tempérance.

(p235) Calliclès

- (…) Mais voici ce qui est beau et juste suivant la nature, je te le dis en toute franchise, c'est que, pour bien vivre, il faut laisser prendre à ses passions tout l'accroissement possible, au lieu de les réprimer, et, quand elles ont atteint toute leur force, être capable de leur donner satisfaction par son courage et son intelligence et de remplir tout ses désirs à mesure qu'ils éclosent. (…)

Mais cela n'est pas, je suppose, à la portée du vulgaire. De là vient qu'il décrie les gens qui en sont capables (…) car pour ceux qui ont eu la chance de naître fils de roi, ou que la nature a fait capables de conquérir un commandement, une tyrannie, une souveraineté, peut-il y avoir quelque chose de plus honteux et de plus funeste que la tempérance.
 
Commentaires de Graffiblog:
 
Les points de vue que les sophistes Gorgias (Polos, qui poursuit le dialogue à la suite de Gorgias) et Calliclès opposent à Socrate dans ce dialogue ne doivent pas être sous-estimés, même si une première lecture du dialogue nous range dans le camp de Socrate.
 
Le développement des médias (TV, radio, Internet, réseaux sociaux) pose l'ombre de la démocratie directe sur notre démocratie représentative. Combien d'experts faut-il mettre aux rames de la trière de la Justice pour lutter contre dix minutes d'antenne d'un terrible démogogue à la télé? Peut-on faire l'économie du tribun dans le camp de la justice?
 
La conception socratique de la Cité, basée sur la science, c'est-à-dire la recherche rationelle de la vérité, c'est-à-dire encore le discours des experts (cf. nos experts en climatologie, en criminologie, en économie, en stratégie militaire, en sécurité sanitaire, …) est une voie qui d'une certaine manière interdit les ruptures dans le fonctionnement de la Cité. C'est la foule tempérante de Socrate contre les forts de Calliclès.

On pressent pourtant que les capacités visionnaires des grandes forces de caractère que Calliclès admire, leur énergie à embrasser leur destin jusqu'au bout, et leur capacité à convaincre une assemblée, ne doivent pourtant pas être brimées dans la vie politique de la Cité par une injonction permanente à la tempérance, du moins si ces énergies et ces convictions n'y portent pas l'injustice.
 
Comment convaincre devant la Représentation nationale sans les capacités de rhéteur d'un Gorgias? Comment convaincre sans celui qui se sent fort dans ses convictions ? Comment capter les énergies individuelles des plus forts d'entre nous, des êtres d'exception, et mettre à profit leur énergie pour le bien de tous? Comment convaincre quand il n'y a pas encore de lois pour appuyer le combat? Comment faire bouger les lignes, comment être audible avec les seuls froids discours rationels des experts?

Autant de questions (parmis beaucoup d'autres) que le Gorgias de Platon ouvre frontalement, ou en creux.

Y aurait-il eu une place dans la sage république tempérante des experts de  Platon, pour un Badinter au phrasé déterminé et vibrant d'émotion devant l'Assemblée nationale, arrachant au destin et au vote du Parlement, l'abolition de la peine de mort en 1981?

Quand au risque de manipulation de la foule par les experts en rhétorique, le point faible de l'argumentation de Platon, c'est de supposer la foule ignare. Peut-être l'était-elle dans la cité athénienne de l'époque (même si on peut en douter car on discutait sur l'Agora)? Ainsi se réaffirme aussi en creux dans ce dialogue, la nécessité d'éduquer la foule, d'instruire ceux qui participeront au fonctionnement de la cité par leur vote. La bonne santé de la démocratie passe par l'école pour apprendre à être des citoyens éveillés, capables de réfléchir et de faire la part des choses entre les justes combats portés sur la place publique et les entreprises douteuses vendues aux quatre vents par les bonimenteurs de jour de marché.
 
C'est peut-être plus la démocratie directe que les sophistes et les maitres de rhétorique que Platon attaque dans ce dialogue. L'organisation politique la meilleure pour Platon est plus une république qu'une démocratie; une organisation d'experts accordés sur les vérités et où chacun trouve sa place en fonction de ses compétences; une république des compétences reconnues, c'est-à-dire probablement une organisation politique plus stable qu'inventive.
 
Aubevoye - 12/2015
 
Extrait du dialogue et numéros de pages:  Gorgias - GF Flammarion - Traduction Emile Chambry

Liens : R. Badinter devant l'Assemblée nationale:
 

Dec 16, 2015

Histoire de dessins (spéléologie plastique)

 Vernon - 12/2015

Année après année, Romain découvrait des profondeurs insoupçonnées dans ses propres recherches plastiques. C'était comme s'il se creusait en creusant son travail, et il s'aperçevait que chaque dessin pouvait être une nouvelle volée de marches qui se découvraient à ses pieds et descendaient plus profond encore dans un monde intérieur, tel l'escalier d'un conte fantastique. Un escalier sans fin. Les marches plongeaient dans le cœur du travail de création, et révèlaient des  galeries, des chambres minérales, des boyaux étroits, des rivières boueuses ou limpides, des ciels et des forêts souterrains, des grottes surprenantes et vierges jusque-là de toute présence.

C'était une descente dans une anti-caverne de Platon parce que c'était dans de la réalité que ça plongeait, dans les matières, les couleurs et les valeurs, les textures. Mais surtout, ça plongeait dans son moi, et peut-être pas tant dans son moi du moment que dans les milliers de moi qu'il avait été auparavant et qui, se sédimentant les uns sur les autres, avaient constitués cette épaisse histoire géologique qui lui semblait maintenant étrangère à lui-même.
Une histoire sans mots, seulement physique. Une histoire de dessin.
Aubevoye 12/2015

Dec 3, 2015

L'E de Delphes

Croquis d'atelier encre et pastels - 11/2015

De la difficulté d'interpréter la parole oraculaire:

On raconte que les habitants de l'ile de Délos (lieu de naissance d'Apollon) vivaient entre-eux dans la discorde. Fatigués de leurs guerres intestines, ils allèrent consulter l'oracle de Delphes pour les aider à retrouver la paix sur leur ile (dans une autre version de cette l'histoire, les Déliens souffrent sur leur île d'une grave épidémie qu'ils n'arrivent pas à enrayer).
 
Le dieu leur demanda, par l'entremise de la Pythie, de doubler le volume de l'autel d'Apollon sur leur île afin qu'ils retrouvent la concorde.
 
De retour sur leur île, les Déliens se mirent au travail. L'autel étant cubique. ils doublèrent les dimensions de tous les cotés. Ils obtinrent un nouvel autel, non pas deux fois, mais huit fois plus volumineux... 
 
Ne parvenant pas à trouver la solution, ils allèrent à Athènes demander conseil à Platon. Platon leur dit qu'il n'avait pas la solution non plus. Les Grecs faisaient des mathématiques avec des constructions réalisées à l'aide de la règle et du compas, c'est-à-dire à base de nombres rationnels (du type a=p/q avec p et q des entiers naturels). Hors, le problème de la duplication du cube n'a de solution qu'avec le nombre irrationnel racine cubique de 2. Les nombres irrationnels étaient pratiquement inconnus des Grecs (cf: le Thééthète de Platon).
 
Platon leur dit que bien qu'ils n'aient pas la solution, il fallait qu'ils s'adonnent aux mathématiques et à la géométrie pour la chercher; que le dieu n'avait sûrement pas besoin d'un autel deux fois plus grand mais, qu'à travers l'oracle, il leur conseillait de consacrer leur temps et leur énergie à l'étude et au savoir plutôt qu'à la discorde.

(cf. aussi le dialogue pythique de Plutarque L'E de Delphes)
 
Aubevoye 12/2015
 
 
 
 

Nov 29, 2015

Oralité

Visage d'une Korê - 490-480 avant JC - Musée de l'Acropole - Athènes


Aujourd'hui encore, un poème n'a d'existence que s'il est parlé; il faut le connaître par coeur et, pour lui donner vie, se le réciter avec les mots silencieux de la parole intérieure. Le mythe n'est lui aussi vivant que s'il est encore raconté, de génération en génération, dans le cours de l'existence quotidienne. Sinon, relégué au fond des bibliothèques, figé sous forme d'ecrits, le voilà devenu reférence savante pour une élite de lecteurs spécialisés en mythologie.
 
Mémoire, oralité, tradition: telles sont bien les conditions d'existence et du survie du mythe.
(...)
Le récit mythique par contre, n'est pas seulement, comme le texte poétique, polysémique en lui-même par ses plans multiples de signification. Il n'est pas fixé dans sa forme définitive. Il comporte toujours des variantes, des versions multiples que le conteur trouve à sa disposition, qu'il choisit en fonction des circonstances, de son public ou de ses préférences, et où il peut retrancher, ajouter, modifier si cela lui paraît bon. Aussi longtemps qu'une tradition orale de légendes est vivante, qu'elle reste en prise sur les façons de penser et les moeurs d'un groupe, elle bouge: le récit demeure en partie ouvert à l'innovation.

Jean-Pierre Vernant - Préface à L'univers, les dieux, les hommes - Editions du Seuil



Phèdre
 
(..) Allons ce que tu déclares avoir entendu, raconte-le.
 
Socrate
 
Eh bien! j'ai entendu dire que, du côté de Naucratis en Egypte, il y a une des vieilles divinités de là-bas, celle-là dont l'emblème sacré est un oiseau qu'ils appellent, tu le sais, l'ibis; le nom de cette divinité est Theuth. C'est donc lui qui, le premier, découvrit le nombre et le calcul et la géométrie et l'astronomie, et encore le trictrac et les dés, et enfin et surtout l'écriture. Or en ce temps-là régnait sur l'Egypte entière Thamous, qui résidait dans cette grande cité du haut pays, que les Grecs appellent Thèbes d'Egypte, comme ils appellent le dieu (Thamous) Ammon. Theut étant venu le trouver, lui fit une démonstration de ces arts et lui dit qu'il fallait les communiquer aux autres Egyptiens. Mais Thamous lui demanda quelle pouvait être l'utilité de chacun de ces arts; et, alors que Theuth donnait des explications, Thamous selon qu'il les jugeait bien ou mal fondées, prononçait tantôt le blâme tantôt l'éloge. Nombreuses, raconte-t-on, furent assurément les observations, que, sur chaque art, Thamous fit à Theuth dans les deux sens, et dont la relation détaillée ferait un long discours. Mais, quand on en fut à l'écriture:"Voici, ô roi, dit Theuth, le savoir qui fournira aux Egyptiens plus de savoir, plus de sciences et plus de mémoire; de la science et de la mémoire le remède il a trouvé." Mais Thamous répliqua; "Ô Theuth, le plus grand maître és arts, autre est celui qui peut engendrer un art, autre, celui qui peut juger quel est le lot de dommage et d'utilité pour ceux qui doivent s'en servir. Et voilà maintenant que toi, qui est le père de l'écriture, tu lui attribues, par complaisance, un pouvoir qui est le contraire de celui qu'elle possède. En effet, cet art produira l'oubli dans l'âme de ceux qui l'auront appris, parce qu'ils cesseront d'exercer leur mémoire: mettant, en effet, leur confiance dans l'écrit, c'est du dehors, grâce à des empreintes étrangères, et non du dedans, grâce à eux-mêmes, qu'ils feront acte de remémoration; ce n'est donc pas de la mémoire, mais de la remémoration, que tu as trouvé le remède (...)

Socrate
 
(...) à mon avis, ce qu'il y a de terrible, Phèdre, c'est la ressemblance qu'entretient l'écriture avec la peinture. De fait, les êtres qu'engendre la peinture se tiennent debout comme s'ils étaient vivants; mais qu'on les interroge, ils restent figés dans une pose solenelle et gardent le silence. Et il en va de même pour les discours [écrits*]. On pourrait croire qu'ils parlent pour exprimer quelque réflexion; mais, si on les interroge, parce qu'on souhaite comprendre ce qu'ils disent, c'est une seule chose qu'ils se contentent de signifier, toujours la même. (...)
 
Phèdre - Platon- Garnier Flammarion - Trad. Luc Brisson
 
[ *] note de Graffiblog

Jul 19, 2014

Socrate

Socrate (d'après buste du musée du Vatican)

ALCIBIADE
"Concentré en effet sur ses pensées, il était à l'endroit même où il se trouvait au point du jour, resté debout à examiner un problème. Et, comme ça n'avançait pas, il n'abandonnait pas et restait là debout à chercher. Il était déjà midi. Les hommes l'observaient, tout étonnés (...) Or, il resta debout jusqu'à l'aurore, jusqu'au lever du soleil. Puis, après avoir adressé sa prière au soleil, il s'en alla".

Le banquet - Flammarion - trad. Luc Brisson