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Feb 2, 2019

La diseuse de bonne aventure - Le Caravage


Dans la version du Louvre:
- la diseuse de bonne aventure,manipuleuse
- le jeune homme, naïf

Scène de genre



Et puis ensuite

La version de la Pinacothèque Capitoline de Rome
- le jeune homme, pas dupe mais ému
- la jeune fille, idem

Scène du désir


Toujours l'humaine condition où la tricherie, le péché, la violence, la duplicité de l'âme côtoient le désir, l'amour et le sublime des cœurs. 

J'ai l'impression que toute l’œuvre du Caravage n'est qu'une seule demande de pardon pour nous, pauvres pécheurs, noirs et sublimes à la fois.


Vernon 2019

Apr 22, 2017

La conversion de Paul sur le chemin de Damas


La tradition religieuse reconnait deux grands courants aux origines du christianisme. Celui de Jacques, frère de Jésus, un courant que l'on pense très proche de la parole du Christ, et celui de Paul, désigné par Dieu sur le chemin de Damas pour aller évangéliser les Païens. C'est la prédication de Paul qui posera les bases du catholicisme le plus intolérant. Punition des pêcheurs à la fin des temps, injonction de rejeter le corps, femmes sous la domination de l'homme, abstinence sexuel remplissent l'Epître aux Corinthiens; un texte effrayant de dureté et de menaces pour le genre humain.

Dès la première fois où le voit le tableau de Caravaggio, on peut être saisi d'un sentiment de grotesque. Grotesque ce Paul que la lumière divine vient de jeter à terre; grotesque ces bras tendus vers le ciel. Caravaggio peint un Paul fanatique, hystérique, gesticulant sous son cheval tel un dément au point d'effrayer l'animal qui lève son antérieur et regarde à distance, navré, ce cavalier en plein délire. Il semble même que Caravaggio ajoute à la scène une pointe de moquerie. On est bien loin des belles représentations douces, sensibles, fragiles et profondément humaines du Christ qui illuminent le reste de son œuvre.

Caravaggio aimait boire, manger, baiser, aimer, vivre. Caravaggio n'aimait probablement pas les commandements de Paul. Il semble que cette peinture le crie à qui veut l'entendre. Suis-je le seul à ressentir ça?

Vernon - 04/2017

Jan 3, 2016

Le secret de la Judith et Holopherne par Caravaggio?

Caravaggio - Judith décapitant Holopherne - vers 1598 - Roma Palazzo Barberini
Quand les gardes l'eurent entendue et qu'ils eurent considéré son visage, extraordinaire de beautée, ils lui dirent:
- Tu seras sauve si tu te hâtes de descendre vers notre maître. Va vers sa tente. Quelques-uns parmi nous vont t'escorter et te remettre à lui (...)

Le quatrième jour, Holopherne fit un festin auquel il n'invita aucun de ses fonctionnaires, mais uniquement ses serviteurs.

Il dit a Bagoas, l'eunuque qui gouvernait sa maison:
- Tâche de convaincre cette femme des Hébreux qui est chez moi de se joindre à nous pour manger et boire (...)

Alors Bagoas alla trouver Judith.
- Viens chez mon seigneur, belle servante, lui dit-il, et il t'honnorera, et vous boirez ensemble du vin dans la joie. Tu seras tout à fait comme une Assyrienne dans la maison du roi Nabuchodonosor. (...)

Judith entra, s'étendit à terre. Dès qu'il la vit, Holopherne fut transporté, tout son être secoué; car il désirait Judith, ardemment. Et, depuis le jour où il avait posé les yeux sur elle, il cherchait à la séduire.(...)

Le soir venu, les serviteurs s'empressèrent de prendre congé. Bagoas ferma le tente de l'extérieur, éloigna de son seigneur ceux qui se tenaient encore là, et tous partirent se coucher, fatigués par les excès de boisson.

Judith demeura seule dans la tente. Holopherne était affalé sur sa couche, le vin répandu autour de lui (...)

Ancien Testament - JUDITH 11, 16 - 13, 3 (Editions Bayard)

Carbet de voyage au Palazzio Barberini - Roma - 07/2014

Palazzo Barbérini, je suis assis devant l'oeuvre. La peinture se lève devant moi comme le dirait Daniel Arasse. Je suis un peu gêné par la tête d'Holopherne et les jets de sang. Je trouve que Caravaggio à traité cette partie du tableau avec un peu d'outrance. Les jets de sang sont peints à grands traits.

La vieille, elle, est parfaite! Vacharde à souhait! Pas de sentiment! Elle attend, le sac devant recevoir la tête dans ses mains.

En arrière-plan, le drapé rouge et sensuel de l'alcôve. Je pose mon regard sur Judith. Ai-je découvert un secret?

Le front de Judith est plissé, ses sourcils froncés. Je crois lire dans ses yeux la confusion des sentiments, comme un secret déchirement. Il y a dans le regard de Judith du dégoût et de l'horreur pour ce meurtre, comme si une part d'elle-même réprouvait cet acte. Il ne peut s'agir d'une évocation de l'horreur que Caravaggio aurait ressenti lui-même suite au meurtre qu'il commit lors d'une rixe, puisque cet événement est postérieur au tableau (28 mai 1606). Alors, quoi?

La Judith de Caravaggio (détail) 

Les bouts des seins de Judith pointent encore sous son corsage. Caravaggio a donné une chaude coloration ocre pour chaque sein dans les blancs de la fine chemise (cette coloration ne se voit presque pas sur les photos du web). Oui! Oui! J'en suis sûr, une part d'elle-même se cabre contre ce geste meurtrier, une part désirante par-delà Bien et Mal. Que s'est-il passé cette nuit là sous la tente?

La Judith de Caravaggio a désiré Holopherne avant de le tuer, et je ne peux m'empêcher de penser à cette autre rencontre, celle de Salammbô avec Mathô, sous la tente de Mâtho:

(...) elle aperçut la figure de Mâtho se courbant sur sa poitrine.

- "Moloch, tu me brules!" et les baisers du soldat, plus dévorateurs que les flammes, la parcouraient; elle était comme enlevée par un ouragan, prise dans la force du soleil.


Salammbô - Flaubert


Peut-être faut-il encore une fois placer l'oeuvre de Caravaggio en regard d'autres œuvres contemporaines sur le même thème pour apprécier toute l'ambigüité de la peinture du maître. On peut la comparer, par exemple, à la Judith et Holopherne de Artémisia Gentileschi, une peintre de l'école Caravagesque. La scène peinte une vingtaine d'années plus tard, est ici sans ambiguïté à mon avis. Judith fait le job sans scrupule. La nuit fut pour elle sans l'ombre d'un désir.

 Artémisia Gentileschi  - Judith et Holopherne - 1620 - Florence

Aug 3, 2015

Le mystère de la première version de la Cène à Emmaüs de Carravagio (British Museum - London)

Interrogation sur le tableau (07/2015)


Cène à Emmaüs (1601-1602) - Huile et œuf sur toile 141 x 196.2 cm. - British Museum


C'est un tableau de grand format. Par de-là la beauté de la lumière et des couleurs, par-delà le rendu intime de la scène et le dynamisme de la composition, le mouvement, il a quelque chose qui me trouble dans ce tableau ...


London - National Gallery -  07/2015

Le 07/11/2013 on trouve sur le site Arte la brève suivante au sujet de ce que l'on pensait être des copies de deux tableaux de Caravaggio, dont la première Cène d'Emmaüs:

Deux toiles du Caravage découvertes dans une église de Loches

Les deux toiles découvertes dans une église de Loches (Indre-et-Loire) en 1999 ont été officiellement attribuées au peintre italien Michelangelo Merisi Caravage, dit Le Caravage. "Pèlerinage de Notre Seigneur à Emmaüs" et "Saint-Thomas mettant son doigt en la plaie du Christ", avaient été repérés sous la tribune de l'orgue de l'église Saint-Antoine de Loches.

Les tableaux qui devraient être accessibles au public dès cet été.


1/ La symbolique orthodoxe du tableau (ce qui ne semble pas faire débat)

Une construction basée sur des triangles remarquables (rectangle et isocèle). La Trinité


Une nature morte pour évoquer le destruction des choses terrestre dans le temps (fruits tachés, brin d'osier cassé de la corbeille) et la mort, l'instant où tout bascule (la corbeille en équilibre précaire au bord de la table).

L'eau du pichet changé en vin dans le verre pour le miracle des noces de Cana.


Un site web catholique propose aussi:

- la pomme gâtée à côté de fruits sains = le péché originel, la coexistence terrestre du bien et du mal.

 
- le poulet sur la table pour le coq qui chanta après le troisième reniement de Pierre (Pourquoi pas ?)

- Le linge blanc du Christ pour le linceul, la tunique rouge et la grenade ouverte et saignant son jus pour rappeler la Passion.

- les feuilles de vigne pour cette parole du Christ "Je suis la vigne, vous les sarments".



Le personnage de droite à les bras en croix en évocation de la crucifixion.

Le visage du Christ est au-dessus et dans la direction de la nature morte. Le Christ défie la mort.

Le pain bénit caché derrière le poulet.







2/ La symbolique  mystérieuse : irrévérences, blasphèmes, cri de douleur, les pourquoi?


Les commentaires du web sur cette œuvre font remarquer que Caravaggio a peint  un Christ sans ses attributs iconographiques habituels, notamment sans auréole. Pourtant l'ombre portée du cabaretier sur le mur crée une auréole noire au-dessus de la tête du Christ. La lumière sombre et noire pour marquer la sainteté? Une irrévérence du peintre?

On trouve sur le web une autre piste que la mienne pour expliquer l'ombre portée du cabaretier derrière la tête de Christ. Elle est convaincante si on s'en tient au message évangélique: le Christ rédempteur prend sur lui la part d'ombre de l'Homme, ici le cabaretier. Mais pour donner du crédit à cette interprétation, il faut oublier les habituelles ambiguïtés narratives de Caravaggio dans ses œuvres où il entremêle l'humain et le divin. Il faut aussi accepter le choix iconographique osé de l'auréole sans lumière. Est-ce raisonnable à l'époque...

Le Christ semble perdu dans ses pensées, triste, nostalgique (Caravaggio nous à déjà peint un Christ avec une expression de faiblesse humaine dans L'incrédulité de Saint Thomas). Le Christ est un peu joufflu pour avoir subi la Passion. Caravaggio peint plutôt des Christ émaciés habituellement (cf la deuxième version des Pèlerins d'Emmaüs, la Vocation de St Matthieu, La flagellation du Christ, L'incrédulité de Saint Thomas ). Le christ ici semble avoir profité des plaisirs de la table. Caravaggio nous parle-t-il d'un Christ qui regrette la vie terrestre?

On trouve sur le web une autre interprétation: Caravaggio a représenté un Christ androgyne, ambigu.

On trouve aussi les commentaires suivants sur cette ouvre dans le roman/biographie que Dominique Hernandez consacre au Caravaggio, La course à l'abîme (Éditions Grasset):

 

L’interprétation du poulet chez Hernandez me paraissait un peu tirée par le cheveux, sauf qu'à bien y regarder, il y a une plaie sur la poitrine du poulet. Est-on dans la symbolique de la plaie du Christ à son flanc sur la croix? Est-on dans le blasphème avec le choix d'un poulet? Avec un tempérament comme celui de Caravaggio, on ne peut jamais vraiment savoir.



 Les deux personnages de gauche pointent leur regard vers le Christ. Ok! Mais pourquoi le personnage de droite regarde-t-il dans le vide ? Est-on pour celui-ci dans la représentation de l'instant de basculement au moment où il reconnait le Christ, et où cohabitent à la fois l'aveuglement d'avant la reconnaissance du Christ et l'ouverture des bras de la reconnaissance? Je n'y croit pas trop. L'explication doit être ailleurs.

Pourquoi le Christ regarde-t-il en bas en direction d'une zone vide de la table et même, plus particulièrement à l'opposé de la main qui bénit le pain et du miracle de l'eau changée en vin? Il regarde à l'opposé de la lumière du tableau qui vient de la gauche. Il penche du côté sombre (bien avant Star Wars!), sombre comme son auréole. Pourquoi Caravaggio a-t-il peint la main du Christ qui bénit le pain dans l'ombre de son bras droit? L'ombre (auréole, main qui bénit) est là où devrait être la lumière d'un Christ ressuscité en gloire parmi les hommes.

Le Christ regarde du côté de la corbeille en équilibre instable. Peut-on garder la symbolique de la domination de la mort après ce que nous avons remarqué plus haut?

Pourquoi la main en arrière-plan du personnage de droite est-elle si grosse? Quelle intention du peintre se cache dans cette anomalie de perspective. On imagine pas une telle faute dans le traitement du raccourci avec un peintre comme Caravaggio? Une grosse main, une grosse poigne pour retenir le Christ à la table des plaisirs terrestres? Le désir de Caravaggio de poursuivre une vie terrestre? La peur de la mort? Le son goût pour la vie?

Le pèlerin de gauche et le cabaretier vivent l'instant de la bénédiction du pain, mais le Christ et le pèlerin de droite sont ailleurs, perdus dans leurs pensées... ailleurs...

Tous ces éléments évoqués sont-ils un message? Caravaggio nous parle-t-il de son amour de la vie terrestre dont le retour à Dieu après la mort n'apportera pas de consolation. On a toujours l'impression chez Caravaggio que par-delà le traitement classique et liturgiquement correct du sujet se cache un envers du décor, une face sombre et sulfureuse, rebelle.

Enfin, dernière interrogation sur l’œuvre: le linge blanc éclatant sur les genoux du pèlerin de droite a-t-il une symbolique particulière ou est-il un élément à forte charge graphique pour déboucher l'ombre du bas de la composition? J'avoue rester perplexe sur le statut de cet élément

A remarquer aussi, l'amande, le raisin dans l'arrière du poulet. Plastiquement parlant, c'est pas composé de manière particulièrement soft... limite obscène. Comment cela aurait-il pu échapper à Michelangelo?



Peut-être faut-il comparer ce tableau à un autre de Caravaggio postérieur et traitant du même sujet: Le souper à Emmaus - Le Caravage , 1606 - Huile sur la toile, 141 x 175 - Milan, Pinacothèque de Brera





Ce tableau postérieur de la Cène d'Emmaüs du British Museum ne révèle-t-il pas en creux toute l'ambigüité du premier? N'a-t-on pas le sentiment que celui-ci propose cette fois-ci une seule lecture liturgiquement correcte et non ambigü de la Cène à Emmaüs?

Est-ce que Caravaggio n'est pas en train de nous crier secrètement quelque-chose dans sa première version des pèlerins d'Emmaüs?

Un grand blasphème ? Un grand bras d'honneur adressé à Dieu?

Un désespoir devant la mort?

Pourquoi? Pourquoi? Pourquoi?

Michelangelo, parle-moi! Oh je t'en supplie, parle-moi! 

Aubevoye 07/2015

Poursuivre l'étude avec bruno Trentini - Université Paris I Panthéon - Sorbonne

http://www.msh-m.fr/diffusions/rusca/rusca-langues-litteratures/Colloque-2008-La-creation-face-a/Detournement/Les-positions-complementairesdu 


Mar 22, 2015

Caravaggio


Caravaggio croit en Dieu?
Caravaggio croit en l'Homme?

c'est-à-dire poser la question:

La main guide?
La main retient?