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Apr 21, 2019

Avec Cornélius Castoriadis

Rue saint Jacques - Vernon - 27

Société:
Organisation qui ne se représente pas comme quelque chose, mais qui se pose (s'institue) comme quelque chose au travers de significations imaginaires, de normes, de valeurs, de mythes, de représentations, de projets, de traditions, ....

Individu:
Seul porteur 'réel' ou 'concret' des significations imaginaires d'une société; voulant en être et la faire être continuellement, tels qu'elles ont été précisément façonnées, fabriquées par les institutions, c'est-à-dire par d'autres individus, eux-mêmes porteurs de ces institutions et des valeurs et significations corrélatives.

Démocratie:
Hommes et femmes libres qui instituent pour chacun d'eux la possibilité d'être gouverner et de gouverner (participation effective à la démocratie)

"Dans sa véritable définition, la démocratie consiste en ceci, que la société ne s'arrête pas à une conception de ce qu'est le juste, l'égal ou le libre, donné une fois pour toute, mais s'institue de telle sorte que les questions de la liberté, de la justice, de l'équité et de l'égalité puissent toujours être re-posées dans le cadre du fonctionnement "normal" de la société" 

Pseudo-démocratie:
Hommes et femmes individualistes

Société démocratique et art:
"Une société autonome, une société véritablement démocratique, est une société qui mets en question tout sens donné, et où, de ce fait même, est libérée la création de significations nouvelles, et dans une telle société, chaque individu est libre de créer pour sa vie le sens qu'il veut (et qu'il peut). Mais il est absurde de penser qu'il peut faire ça hors de tout contexte et conditionnement social-historique (...) Pour les grands romanciers, les grands musiciens, les grands peintres de cette période (époque de création extraordinaire de 1800 à 1950), il n'y a pas de sens pré donné (pas plus que pour les grands mathématiciens et scientifiques). Il y a l'ivresse lucide de la recherche et de la création de sens.
Le grand art est à a fois une fenêtre de la société sur le chaos, et la forme donnée à ce chaos (alors que la religion est la fenêtre vers le chaos et le masque posé sur le chaos). L'art est une forme qui ne manque rien. A travers cette forme, l'art montre, indéfiniment la chaos, et par là, il remet en question les significations établies de la vie humaine et des ses contenus les plus indispensables.
(...) De ce fait, loin d'être incompatible avec une société autonome, démocratique, le grand art en est indispensable car une société démocratique sais, doit savoir, qu'il n'y a pas de signification assurée, qu'elle vit sur le chaos, qu'elle est elle-même un chaos qui doit se donner forme, jamais fixé une fois pour toute. c'est à partir de ce savoir, autant dire le savoir de la mortalité, on y reviendra, que la société et l'art contemporain récusent et refusent"

(...) Toute société doit se conserver, se préserver, se défendre. Elle est constamment mise en cause, d'abord par le déroulement du monde, l'inframonde tel qu'il est avant sa construction sociale. Elle est menacée par elle-même, par son propre imaginaire qui peut ressurgir et mettre en cause l'institution existante. Elle est aussi menacée par les transgressions individuelles, résultats du fait qu'au noyau de chaque être humain une psyché singulière, irréductible et indomptable. Elle est enfin menacée par, jusqu'à nouvel ordre, par les autres sociétés. Aussi et surtout, chaque société est plongée dans une dimension temporelle immaîtrisable, un avenir qui est à faire, relativement auquel il y a non seulement des incertitudes énormes, mais des décisions qui doivent être prises."

D'après la Montée de l'insignifiance - Édition du Seuil - 1996

Apr 19, 2019

Salut don Sallustre!


La Folies des grandeurs - Gérad Oury - 1971

L'homme est grand et beau; la quarantaine conquérante, peut-être appuyée sur de nombreuses conquêtes d'ailleurs; sûr de lui en tout cas. Un beau mec, type occidental. Doudoune rouge vif chic; chemise chère.

Devant la vitrine, sous le petit soleil chaud d'avril, l'homme beau arrête sa conversation avec la patron de la boutique de fringues pour celui qui s'avance vers eux pour les saluer. Celui qui s'avance vers eux, c'est un petit homme brun et trapu, turque peut-être, avec son pantalon moucheté de plâtre; deux tee-shirts de travail sur le dos: un gris troué, Columbia à manches courtes au-dessus, un autre bleu-gris à manche longues en-dessous, qui lui couvrent les bras jusqu'aux poignets. Un ouvrier du bâtiment apparemment.

L'homme beau salue l'ouvrier avec un check et une main posé affectueusement dans le cou de l'ouvrier. Une main qui possède.

Saluerait-il ainsi s'il rencontrait dans cette rue un autre homme beau, européen, en doudoune fashion et jean de marque comme lui? Y-a-t'il d'ailleurs un salut réservé à ceux de sa classe sociale? Doit-on saluer avec celui d'emprunt d'une autre classe pour paraître généreux et hospitalier avec ceux de cette autre classe?

Ne faut-il pas rester sois-même?

Il y a un doute. Doute sur le naturel du check et de la main dans le cou de l'ouvrier. Les gestes d'un seigneur. Pourquoi l'homme beau ne saluerait-il pas comme on lui a sûrement appris dans son Europe occidentale? L'autre, l'ouvrier n'y serait pas sensible? Serait-ce trop à comprendre et à accepter pour ce petit homme trapu? On salue comme ça dans le bâtiment?

Je m'interroge alors que je ne devrais pas devant cette scène si banale. Ces interrogations m'interrogent...

Le petit homme trapu connaît au moins deux langues, deux systèmes de valeurs, de totems et de tabous sociaux, deux cultures, deux façons de faire des pauses pour fêter l'année qui avance: les nôtres qui sont les siens maintenant, et ceux de ces lointains ancêtres. Le petit homme voit le monde à 360 degrés. Il voit large et comprend large, de fait. Il a sûrement deux fois plus de vocabulaire, de noms et de verbes que le beau pour comprendre un salut qui n'est pas comme le sien.

L'homme beau croit voir large.

Je me fais des films! Tout est toujours plus compliqué; tout est toujours plus nuancé et échappe toujours aux analyses de comptoir.

Mais il y a ce doute, ce léger malaise à voir cette scène. Le doute est apparu. Il faut le prendre en compte. 

L'homme beau est sûrement bon et sincère (il faut toujours parier au premier abord que les gens sont bons et sincères), mais il véhicule des gestes et des attitudes qui le posent dans la vie là où d'autres n'iront jamais.

Comme nous le faisons tous à longueur de journée avec notre langage du corps.

Vernon - 04/2019

   

Mar 20, 2019

2001 a Space Odyssey

2001 a Space Odyssey -S. Kubrick

Progrès technologique et sexisme dans la science-fiction; peut-on extrapoler des progrès en éthique?

"Les capsules spatiales de Explorateur I étaient des sphères de trois mètres de diamètre dans lesquelles l'opérateur, assis derrière une baie, jouisait d'une vue splendide. Un moteur fusée produisait une accélération équivalente à un cinquième de la pesanteur normale et suffisante pour planer au-dessus de la Lune, par exemple, tandis que des fusées stabilisatrices permettaient le pilotage (...) Les capsules n’étaient certes pas le plus élégant des moyens de transport conçus par l'homme, mais elles étaient absolument essentielles pour tous les travaux de construction ou d'entretien effectués dans l'espace. On les baptisait en générales de noms féminins, sans doute parce que leur caractère était imprévisible. Celles de Explorateur I s'appelaient Anna, Betty, et Clara".
Arthur C. Clarke 2001: A Space Odyssey 1968


Mar 17, 2019

Maman te regarde, mon chéri!

"Maman te regarde, mon chéri!" - Photocomposition - 2014

"Le seul véritable projet reste encore, ici comme dans tous les systèmes physiques, celui du retour à l'équilibre, c'est-à-dire à la mort. Tout le reste, l'organisation, la croissance, le développement, l'apprentissage et la reproduction invariante elle-même, n'est pas de l'ordre du projet, mais au contraire des perturbations aléatoires qui heureusement le contrarient. Les organismes vivants apparaissent ainsi comme des systèmes suffisamment compliqués, redondants et fiables, pour réagir aux agressions aléatoires de l’environnement de telle sorte que l'atteinte de l'état d'équilibre, c'est-à-dire la mort, ne soit possible qu'à travers les détours de ce qu'il est convenu d'appeler la vie."

Henri Atlan - Entre le cristal et la fumée - Editions du Seuil - 1972

Feb 26, 2019

Désir d'absolu


Toits de Bourges, aussi haut que le permet la visite du palais Jacques Cœur (mais pas tout en haut...)

     La tradition philosophique occidentale a toujours séparé la raison du sensible. Peut-être est-ce Descartes qui théorisa cette séparation le plus radicalement: l'Homme a un esprit, une âme, une raison, mais il a aussi un corps, des sensations, des désirs. A chacun d'eux des attributs irréductibles les uns aux autres. Raison côté âme; désir côté corps. Corps et âme séparés et unis à la fois; séparés par leurs essences; unis de force par Descartes dans la glande pinéale.

     Peut-être est-ce Emmanuel Kant qui le premier énonça que, comme le corps, la raison avait des désirs. Le désir depuis Kant n'est plus réservé au corps et aux expériences sensibles. Les désirs de la raison: désir de connaître la cause de quelque chose, désir de connaître la cause de la cause de ce quelque chose, puis encore désir de connaître la cause, de la cause, de la cause...etc ... désir d'absolu au bout de la régression à l'infini des causes qui s'enchaînent et s’engrainent comme les perles d'un collier vertigineusement long, sans fermoir parce qu'il ne ceindra jamais rien dans son infinie longueur, ou qu'il ceindra tout dans son infini déploiement.

     Tout petit déjà, peut-être avais-je sept ou huit ans, je m'en souviens très bien, et j'en éprouve encore la sensation de l'époque aujourd'hui, tout petit déjà, ma raison naissante était gonflée de ces désirs. Je recevais les explications de mes parents et de mes professeurs sur les choses de ce monde sans jamais me satisfaire. Cette insatisfaction aiguisait les désirs de ma raison comme une meule de pierre tournant à toute vitesse sur le fil d'un couteau. Peut-être étais-je d'ailleurs plus insatisfait de ce que l'on ne comprenne pas mon désir d'épuisement des causes, que de ne pas pouvoir les atteindre moi-même par-delà ces abîmes qui semblaient fermer, même aux adultes, les portes des explications totales et achevées. Des abîmes de distance avec la cause de toutes les causes, comme un phare qui, au lieu d'être cramponné sur les enrochements d'une côte à rejoindre, serait posé sur la mince ligne de l'horizon, attirant toujours le voyageur, reculant toujours devant lui. Toujours là; toujours loin à la fois.

     La raison désirante, les désirs de ma raison, espéraient tout dans les explications. Ma raison désirait de l'absolu, et toujours, je me sentais frustré et privé; comme quand, lorsque l'on visite ces vieux châteaux, on se réjouit par avance, marche après marche gravies dans l'escalier d'une tour qui vous promets l'accès aux étages mystérieux et tant désirés, et que l'on bute soudain sur une chaîne en travers des derniers degrés; ceux qui mènent encore plus haut dans ces combles qui apparaissent d'autant plus mystérieux qu'ils vous est interdit d'y accéder. Le petit panneau 'sens de la visite' nous écarte toujours des sommets.

     Enfant, je croyais qu'on pourrait me faire passer sous les chaînes en haut de tous les escaliers du savoir, de la vie, de l'union entre deux êtres, du ciel étoilé et de tout ce que les appétits de ma raison désirante voulaient saisir et dévorer.

     Et enfant déjà, comme aujourd'hui, je devinais au fond de moi, et je sais maintenant, qu'il n'y a qu'un seul absolu humainement atteignable, celui pour lequel chaque Homme peut renverser le petit panneau 'sens de la visite' et grimper vers les sommets.

Vernon 02/2019

Feb 24, 2019

COMM dans la Cité



https://www.culturebanque.com/carriere/etudes/

Vernon - Eure -

GORGIAS

Toutefois, Socrate, il faut user de la rhétorique comme de tous les autres arts de combat. Ceux-ci en effet ne doivent pas s'employer contre tout le monde indifféremment, et parce qu'on a appris le pugilat, le pancrace, l'escrime avec des armes véritables, de manière s'assurer la supériorité sur ses amis et ses ennemis, ce n'est pas une raison pour battre ses amis, les transpercer et les tuer. (...) On doit porter le même jugement sur la rhétorique. Sans doute l'orateur est capable de parler contre tous et sur toute chose de manière à persuader la foule mieux que personne, sur presque tous les sujets qu'il veut (...) Au contraire, on doit user de la rhétorique avec justice, comme de tout autre genre de combat.


(...)

SOCRATE

La vérité est peut-être un peu rude à dire, et j'hésite à la dire à cause de Gorgias. J'ai peur qu'il s'imagine que je veux jeter le ridicule sur sa profession. Je ne sais pas, moi, si la rhétorique que Gorgias professe est ce que j'ai en vue; car notre conversation de tout à l'heure ne nous a pas éclairée du tout sur ce qu'il pense. Mais ce que j'appelle rhétorique, c'est une partie d'une chose qui n'est pas du tout belle.


 Gorgias - Platon  - GF Flammarion - Trad. Émile Chambry


Vernon - 02/2019

Feb 16, 2019

Condorcet féministe


Le flagrant délit - techniques mixtes - T. Chambenois - 2013

Nicolas de Condorcet, ancien homme de cabinet du ministre Turgot, secrétaire de l'Académie des sciences, votant contre la peine de mort pour le roi Louis, député girondin de l'Aisne, militant pour l'instruction publique de tous, et tombant sous le coup d'un mandat d'arrestation pour trahison envers le nouveau pouvoir aux mains de Robespierre, se cache à Paris au début de juillet 1773. Il écrit l'Esquisse d'un tableau historique des progrès de l'esprit humain. Arrêté, emprisonné, on le retrouve mort dans sa cellule.

Parmi les progrès de l'esprit humain les plus importants pour le bonheur général, nous devons compter l'entière destruction des préjugés qui ont établis entre les deux sexes une inégalité de droits funeste à celui même qu'elle favorise. On chercherait en vain des motifs de la justifier par les différences de leur organisation physique, par celles qu'on voudrait trouver dans la force de leur intelligence, dans leur sensibilité morale. Cette inégalité n'a eu d'autre origine que l'abus de la force, et c'est vainement qu'on a essayé depuis de l'excuser par des sophismes.

'Esquisse d'un tableau historique des progrès de l'esprit humain

Vernon 02/2019 
 

Feb 15, 2019

Orage sur la Cité



Val de Reuil (27)



Ainsi chacun de ceux qui vivaient dans la Cité avait un principe qu'il plaçait plus haut que tout sur l'émail bleu du ciel de ses idées. Un principe sur un petit nuage blanc. Tous appartenaient à la Cité, mais vivaient-ils vraiment sous les mêmes cieux?

La loi divine au-dessus de la loi des hommes


Parmi eux, il en était une pour qui le petit nuage blanc des lois divines surplombera toujours les lois humaines, fussent-elles celles d'un père et d'un roi; Antigone enterre son frère contre l'interdiction de Créon.

Créon
(...) Mais toi, dis-moi - pas de longs discours, abrège -
Tu savais qu'une proclamation avait interdit de faire cela?

Antigone
Je le savais? Comment ne l'aurais-je pas su? Elle était publique.

Créon
Et pourtant tu as eu l'audace de transgresser ces lois?

Antigone
Bien sûr, ce n'est pas une proclamation de Zeus qui m'a dit de le faire,
Et Diké, celle qui habite avec les dieux d'en bas,
N'a pas non plus défini parmi les hommes des lois comme la mienne.
Je ne pensais pas d'avantage que tes proclamations
Pouvait permettre à un mortel d'enfreindre des règles non écrites,
Des règles inébranlables, venues des dieux.
car ce n'est pas d'aujourd'hui ni d'hier, c'est depuis toujours
Qu'elles sont en vigueur, et personne ne sait d'où vient leur lumière.
Il n'était pas question qu'au nom de ces lois-là, par peur des décisions
D'un homme, je sois punie devant les dieux (...)
Antigone - Sophocle

La seule loi des hommes pour la conduite de son métier
Pour tel autre, au contraire, ce petit nuage pur et blanc tout là-haut dans l'azur de ses principes, ce sont les lois que ce donnent les hommes. Rien de plus, rien de moins.

- Mon action est en premier lieu judiciaire. Je m'emploie simplement à occuper l'espace de liberté qui m'est offert, mais ne me sens pas investi d'une responsabilité qui dépasserait le périmètre alloué par l'exercice de ma profession.
Eric Dupont-Moretti - Le droit d'être libre - Éditions de l'aube (2018)


La philosophie au-dessus de la loi

Diogène avait au firmament de ses préoccupations un petit nuage blanc appelé philosophie .

On lui demanda: "En quoi la philosophie est-elle supérieure à la magistrature." il dit: "Le juge prononce des sentences sur les hommes, alors que le philosophe prononce des sentences sur les juges; la philosophie est par conséquent plus puissante et supérieure."

Diogène le cynique - Fragments inédits - Trad. Adeline Baldacchino - Éditions Autrement


L'humain ordinaire pour seule loi

Dans les cas extrêmes et tragiques de la vie, le Législateur place l'humain, l'humain monsieur et madame tout-le-monde, au-dessus de tous les policiers, procureurs et juges, au-dessus de tout ceux qui font profession de justice.

" Sous réserve de l'exigence de motivation de la décision, la loi ne demande pas compte à chacun des juges et jurés composant la cour d'assises des moyens par lesquels ils se sont convaincus, elle ne leur prescrit pas de règles desquelles ils doivent faire particulièrement dépendre la plénitude et la suffisance d'une preuve ; elle leur prescrit de s'interroger eux-mêmes dans le silence et le recueillement et de chercher, dans la sincérité de leur conscience, quelle impression ont faite, sur leur raison, les preuves rapportées contre l'accusé, et les moyens de sa défense. La loi ne leur fait que cette seule question, qui renferme toute la mesure de leurs devoirs : " Avez-vous une intime conviction ? ".
Article 353 du code de procédure pénale
 
Le job avant tout,  rien que le job 

"Je me suis laissé emporte. j'étais pris dans une spirale, je voulais faire gagner encore plus à la banque."

Jérôme Kerviel

Le panache et l'honneur au-dessus de tout.

LE VICOMTE exaspéré
                                                         Bouffon!

CYRANO poussant un cri comme lorsqu'on est saisi d'une crampe
                                                                        Ay! ...

LE VICOMTE, qui remontait, se retournant
                                                                                    Qu'est-ce encor qu'il dit?

CYRANO, avec des grimaces de douleur
                                 Il faut la remuer, car elle s'engourdit ...
                                - Ce que c'est que de la laisser inoccupée! -
                                        Ay ! ...

LE VICOMTE
                                                        Qu'avez-vous?

CYRANO
                                                                                  J'ai des fourmis dans mon épée!

LE VICOMTE, tirant la sienne
                                Soit !

CYRANO
                                            Je vais vous donner un petit coup charmant.


 LE VICOMTE méprisant
                                Poète !

CYRANO
                                            Oui monsieur, poète! et tellement,
                                Qu'en ferraillant je vais - hop!- à l'improvisade,
                                Vous composer une ballade.

LE VICOMTE
                                                                                Une ballade?

CYRANO
                                Vous ne vous doutez pas de ce que c'est, je crois? 

LE VICOMTE
                                Mais ....

 CYRANO, récitant comme une leçon
                                               La ballade, donc, se compose de trois
                                Couplets de huit vers ...

 LE VICOMTE
                                                                      Oh !

  CYRANO, continuant
                                                                               Et d'un envoi de quatre ...
 LE VICOMTE
                               Vous ...

  CYRANO
                                            Je vais tout ensemble en faire une et me battre 
                               Et vous toucher, Monsieur, au dernier vers.

 LE VICOMTE
                                                                                                     Non!
        
 CYRANO
                                                                                                               Non?
                                                                                                      Déclamant

                            "Ballade du duel qu'en l'hôtel bourguignon
                             Monsieur de Bergerac eut avec un belître."


 LE VICOMTE
                             Qu'est-ce que c'est que ça, s'il vous plait? 

CYRANO
                                                                                               C'est le titre.

Edmond Rostand - Cyrano de Bergerac

Tous les petits nuages se sont accumulés au-dessus de la Cité. Certains s’agrégeaient et d'autres se repoussaient.

Dans la promiscuité des airs à l'aplomb de la Cité, il y eut des éclairs et des grondements de tonnerre. Le ciel devint noir et des torrents de pluie s'abattirent sur la Cité, emportant les Justes qui se débattaient pour ne pas sombrer.

Beaucoup des plus sages se noyèrent.


Vernon, 02/2019

Feb 10, 2019

Règlement intérieur d'un collège à Evreux sous l'Empire







On notera parmi les bases de l'enseignement (page 4) la "Fidélité à l'Empereur, à la Monarchie impériale, dépositaire du bonheur des peuples (...)"

Quand l'Etat se soucie du bonheur des peuples, de la bonne vie, on a les germes de la dictature.

Qu'est-ce que gouverner? Platon le résume par ce sous-titre de la République:De la Justice

Et si donc gouverner, faire de la Politique, chercher les formes de l'état assurant l'autonomie et la concorde entre les citoyens, se résumait au seul soucis de Justice.

Aux citoyens, quant à eux, de trouver, pour eux, la bonne vie qui leur convient.

Vernon 02/2019






Feb 3, 2019

Comprendre ceux qui ont vécus avant nous et se comprendre dans notre époque (éléments de réflexion)




Forage pour du pétrole à Incarville (Eure)


"... tous nos actes trouvent leur conditions de possibilité effective, tant pour leur matérialité que quant à leur signification, dans le fait que nous sommes des êtres sociaux vivant dans un monde social qui est ce qu'il est parce qu'il est institué ainsi et pas autrement. Nous ne sommes pas des "individus" flottant librement au-dessus de la société et de l'histoire et qui pourrions décider souverainement dans l'absolu de ce que nous ferons, de comment nous le ferons, du sens que cela aura une fois fait.
Nous ne sommes certes pas déterminé par notre milieu ou notre situation; mais nous en sommes conditionnés infiniment plus que nous aimons à le penser et, surtout, en tant qu'individus nous ne choisissons ni les questions auxquelles nous auront à répondre, ni les termes dans lesquels elles seront posées, ni, surtout, le sens ultime de notre réponse une fois donnée. Les conséquences de nos actes sont lancées dans le déroulement social-historique, nous échappent et donc nous ne pouvons pas ignorer ce développement.
(...) De ces conditions, une partie nous échappe et nous échappera à jamais. Personne ne choisira jamais le lieu ou l'époque de sa naissance, la situation ou le caractère de ses parents. Mais une autre partie dépend de nous et celle-ci peut, du moins en principe, être mise en question et, le cas échéant, transformées. C'est celle qui a trait aux institutions explicites de la société. Et la vrai politique n'est rien d'autre que l'activité qui, partant d'une interrogation sur la forme et le contenu souhaitables de ces institutions, se donne comme objet la réalisation des institutions jugées les meilleures et, notamment, de celles qui favorisent et permettent l'autonomie humaine."

Cornélius Castoriadis - La montée de l'insignifiance - les carrefours du labyrinthe 1996

May 4, 2017

Trucs et astuces de la semaine

Encre et lavis - Une conscience libre dans la nuit (détail)  - 04/2017

Truc
Pour aider à la compréhension du premier chapitre de l’Évolution créatrice de Henri Bergson, pratiquez le dessin à l'encre et au lavis, et plus généralement toute les techniques graphiques liquides.

Astuce
Pour comprendre comment la création artistique peut jaillir dans l'imprévu des techniques à l'encre et au lavis, lire le premier chapitre de l'Évolution créatrice de Henri bergson.

Vernon - 05/2017



Nov 21, 2016

L'éthique du vocabulaire

Croquis - Encre, lavis et acrylique - 11/2016 (d'après C. Baudelaire - La vie antérieure)

L'usage incorrect des mots, leur abus inconsidéré, leur devenir polémique (l'antisémite) ou hagiographique (le résistant) sont dangereux : en faisant dire n'importe quoi à ces mots, il est devenu impossible de nommer véritablement un certain nombre de choses.
Michel Onfray
Le miroir aux alouettes - Principes d'athéisme social - Plon - 2016


Je suis quelqu'un qui a un grand respect pour son vocabulaire. J'ai un système immunitaire qui me défend bien contre les falsifications des mots d'ordre, des mots officiels.
Erri De Luca 
A voix nue (2/5) - Time code 07'36"- France Culture
https://www.franceculture.fr/emissions/voix-nue/erri-de-luca-lecrivain-des-vents-contraires-25-sengager

Je pense que l'éthique commence dans la façon de dire ce que nous savons. Et si nous disons mal ce que nous savons, ce que nous savons sera mal pensé. Et si ce que nous savons est mal pensé, cela crée des malentendus qui posent des questions éthiques. Autrement dit, l'éthique, elle commence, à mon avis, dans les discours.
Etienne Klein 
Conférence Le négatif est-il le ferment du meilleur?  (1/2) - Time code 28'00''
https://www.youtube.com/watch?v=NlP8bom5F9k


Le bon usage des mots est une éthique en soi.
Graffiblog

Oct 10, 2016

Haïkus (2)

Incarville - 09/2016

Parti pour le temple Hõraiji dans la province de Mikawa, j'ai souffert d'un mal chronique et et j'ai passé le nuit dans une hutte au pied de la montagne

                                                                Je trouve une couverture
                                                                pour dormir en voyage -
                                                                Réponse à mes prières


Bashõ - Edition de la table ronde - Trad.  Makato Kemmoku er Dominique Chipot 


Oct 6, 2016

Haïkus

Croquis - Encre et lavis - 10/2016

Il est tard et je vais me coucher. J'ouvre au hasard l'intégrale des Haïkus de Bashõ et je lis:

223 (page 117)
L'épouse de Jokushi m'a donné des bûches et des charbons

               Ce soir, j'ôterai
               la gelée du toit
                   en allumant un feu

Bashõ - Edition de la table ronde - Trad.  Makato Kemmoku er Dominique Chipot 

         

Oct 1, 2016

Le monde selon Ludwig

Bourges - 09/2016

1      -   Le monde est tout ce qui a lieu.
1.1   -   Le monde est la totalité des faits, non des choses.
1.11 -   Le monde est déterminé par les faits, et par ceci qu'ils sont tous des faits.
1.12 -   Car la totalité des faits détermine ce qui a lieu, et aussi tout ce qui n'a pas lieu.
1.13 -   Les faits dans l'espace logique sont le monde.
1.2   -   Le monde se décompose en faits.
...

Ludwig Wittgenstein - Tractatus-philosophicus (1922)

Sep 22, 2016

Démocratie et mortalité (2)

Graffiblog - 2010

Or il est évident que l'ultime vérité de la société occidentale contemporaine, c'est la fuite éperdue devant la mort, la tentation de recouvrir notre mortalité, qui se monnaie de mille façons (...)

Cornélius Castoriadis - La montée de l'insignifiance - Editions de Seuil (1996)

Sep 21, 2016

Démocratie et mortalité

Route de Venables à Hedeubouville - 2016

Le grand art est à la fois la fenêtre de la société sur le chaos, et la forme donnée à ce chaos (alors que le religion est la fenêtre vers le chaos, et le masque posé sur le chaos). L'art est une forme qui ne masque rien. A travers cette forme, l'art montre, indéfiniment, le chaos - et, par là, il remet en question les significations établies, jusqu'à la signification de la vie humaine et des ses contenus les plus indiscutables. L'amour est au centre de la vie personnelle au XIXième siècle - et Tristan est à la fois la représentation la plus intense de cet amour, et la démonstration de ce qu'il ne peut s'accomplir que dans la séparation et la mort.
De ce fait, loin d'être incompatible avec une société autonome, démocratique, le grand art en est inséparable. Car une société démocratique sait, doit savoir, qu'il n'y a pas de signification assurée, qu'elle vit sur le chaos, qu'elle est en elle-même un chaos qui doit se donner forme, jamais fixée une fois pour toute. C'est à partir de ce savoir qu'elle crée du sens et de la signification. Or c'est ce savoir - autant dire le savoir de la mortalité, on y reviendra - que la société et l'homme contemporain récusent et refusent. Et par là-même, le grand art devient impossible, au mieux marginal, sans participation re-créatrice du public.
Vous demandiez si l'épreuve de la liberté ne devient pas intenable. Il y a deux réponses à cette question, qui sont solidaires. L'épreuve de la liberté devient intenable dans la mesure où l'on n'arrive à rien faire de cette liberté. Pourquoi voulons-nous la liberté? Nous la voulons d'abord pour elle-même, certes; mais aussi pour pouvoir faire des choses. Si l'on ne peut, si l'on ne veut, rien faire, cette liberté se transforme en la pure figure du vide. Horrifié devant ce vide, l'homme contemporain se réfugie dans le surremplissage laborieux de ses "loisirs", dans un train-train de plus en plus répétitif et de plus en plus accéléré. En même temps, l'épreuve de la liberté est indissociable de l'épreuve de la mortalité. (Les "garanties du sens" sont inévitablement l'équivalent de la dénégation de la mortalité - ici encore, l'exemple des religions est éloquent) Un être - individu ou société - ne peut pas être autonome s'il n'a pas accepté sa mortalité. Une véritable démocratie - non pas une "démocratie" simplement procédurale - , une société autoréflexive, et qui s'auto institue, qui peut toujours remettre en question ses institutions et ses significations, vit précisément dans l'épreuve de la mortalité virtuelle de toute signification instituée. Ce n'est qu'à partir de là qu'elle peut créer et, le cas échéant, instaurer des "moments impérissables": Impérissables en tant que démonstration, pour tous les hommes à venir, de la possibilité de créer la signification en habitant au bord de l'Abîme.

Cornélius Castoriadis - La montée de l'insignifiance - Edition de Seuil (1996)

Sep 4, 2016

Particule de temps


Monotype - acrylique - 08/2016

Il y a un ressort étrangement puissant, contraint dans les graines et dans certaines minutes. Il y a des particules de temps qui diffèrent des autres comme un grain de poudre diffère d'un grain de sable. Leurs apparences sont presque les mêmes, leurs avenirs non comparables.

Paul Valéry - tel quel II - Gallimard 1943

Jul 31, 2016

Revue de presse discrète

Aujourd'hui, 9 h 40 le 31 juillet 2016, je fais ma petite revue de presse dominicale au kiosque à journaux d'un supermarché de province.

Je remarque encore une fois dans la 'section sciences' du mur de magasines, imprégnant presque tous les titres accrocheurs des unes, la quasi constance d'une forme de pensée particulière qui nous propose de voir le monde sur le mode du discontinu. 

Il faut que le monde soit constitué de choses (les objets d'étude) avec un commencement, un instant zéro, un age, une fin, des frontières, des limites. La tâche de la science serait de définir ces objets toujours plus précisément, c'est-à-dire de les détacher, de les isoler, de les séparer toujours plus explicitement. 

Ainsi (rien que pour ce matin), on nous propose pêle-mêle à Aubevoye:

          - le début de la Culture

          - les origines du soleil et des dinosaures




          - l'age de l'univers (posant donc implicitement une origine)


          - les limites du cerveau


Tout semble scotché à la pensée du surgissement, une pensée qui reprend toujours et encore ces premières pensées d'un livre qui structure en profondeur notre approche du monde (du moins dans la presse hebdomadaire), une approche sur le mode du surgissement et de la création et de la chute, du brutal.

                        "Au commencement, Dieu créa les cieux et la terre" 
                        (Genèse 1,1 - La sainte bible - Louis Segond - 1923)

                        "Dieu créa l'homme à son image
                        Il le créa à l'image de Dieu
                        Il créa l'homme et la femme"
                        (Genèse 1, 27 - La sainte bible - Louis Segond - 1923)

                        "Premier
                        Dieu créa ciel et terre
                        terre vide solitude
                        noir au-dessus des fonds"
                        (Genèse 1, 1 - la Bible - Ed. Bayard)

                        "Au commencement, la parole 
                        La parole de Dieu"
                        (Jean 1, 1 - la Bible - Ed. Bayard)

                       " Yhwh Dieu dit alors à la femme
                        Tu as fais quoi?
                        Elle répond
                        Le serpent m'a trompée
                        j'ai mangé"
                        (Genèse 1,13 - le Bible - Ed. Bayard)

                      "Du ciel Yhwh fait tomber une pluie de souffre et de feu sur Sodome et Gomohrre. Il renverse                         les villes et la plaine, tous leurs habitants, la flore"
                        (Genèse 1,1 - la Bible - Ed. Bayard)
                    
Bien sûr, on pense raisonnablement qu'il y eut des temps où le soleil n'existait pas et, bien sûr, je vérifie chaque matin que le soleil existe, mais entre ces deux moments, entre le rien du tout et le tout présent, y a-t-il eu un instant zéro du soleil? Un instant zéro de la culture? Le mots soleil et de culture ne sont pas opératoires pour penser leur genèse. La tromperie intellectuelle implicite des magasines vient du mauvais usage de ces mots-concept. Ces mots excluent toute apparition progressive et continue des choses qu'ils désignent. On voit que même une enquête de paléontologie (science pourtant acquise aux thèses évolutionnistes) dans la revue Pour la Science, pose l'hypothèse d'un surgissement de la culture ex-nihilo et n'échappe pas à la tentation du discontinu. 

Mais plus encore que de simplement isoler une chose d'un avant et d'un après, il faut encore que la pensée discrète réduise, morcelle en quelques étapes l'existence d'une chose. Un début, une fin et entre les deux, 20 hommes qui ont comptés pour la science, 20 questions pour comprendre l'intelligence (cool! Je voyais ça plus complexe ...), 100 moyens de faire biens les choses, etc ... La pensée discrète encore une fois, confortable et simple.




De même toute l'année dans le coin actualité et politique du kiosque, on trouvera les 5 erreurs de l'Ecole publique, les 10 chantiers urgents du président, les 20 erreurs de la Gauche au pouvoir, les 50 chefs d'entreprise qui gagnent à l'étranger, les 500 qui bloquent la France, etc ... etc ...


Certes, le cours du monde ne relève pas toujours d'une fonction continue et dérivable.

Tout n'est pas mû à chaque instant par l'opérateur d(ma vie)/dt.

Certes, il y a dans le monde des ruptures, des émergences, des effondrements, des précipités, des cristallisations, des avaries, des naissances, des coups de foudre, des eurekas, des accidents, mais on ne peut raisonnablement réduire notre explication du monde à ces seuls plis marqués dans l'étoffe du continu de nos vies. Dans nos tentatives d'expliquer les maux de la Cité, la pensée du discontinu amène à isoler les coupables, à chasser les sorcières, à trouver les boucs-émissaires, les têtes qui dépassent, à trouver une origine du problème (pour pleurer les temps béni d'avant la crise), à dégager les (n) explications, les 10 fautes commises, les 3 erreurs d'appréciation, les 10 mesures choc à mettre en place de toute urgence, etc ...etc ...

La pensée discontinue imposée à longueur d'année dans les kiosque formate les esprits, fissure l'intuition de la continuité, de la complexité, de l'interdépendance en science comme en politique. Cette pensée nous éloigne de la pensée du continu, du lien social et citoyen, de la communauté d'avenir au sein de la Citée.

Dans le kiosque ce matin, point de pensée du continu, de la fluence, des mouvements et cycles de dilution et de concentration, du continu, de l'interdépendance, de l'interpénétration, de la fusion, du couplage, du métissage, de la complexité, de la durée.

Seulement la pensée discrète dans le kiosque.

Aubevoye - 07/2016

Jul 17, 2016

Partage

Le Plessis Hébert (détail) - 07/2016

Tu veux noter ma définition de l'amour? Elle est grandiloquente mais sincère, je l'ai fabriquée tout seul. L'amour c'est embrasser quelqu'un, partager sa salive et remonter jusqu'au souvenir obscur de sa propre naissance.

Kamel Daoud - Meursault, contre-enquête - Actes Sud - 2014