Showing posts with label Science. Show all posts
Showing posts with label Science. Show all posts

Mar 17, 2019

Maman te regarde, mon chéri!

"Maman te regarde, mon chéri!" - Photocomposition - 2014

"Le seul véritable projet reste encore, ici comme dans tous les systèmes physiques, celui du retour à l'équilibre, c'est-à-dire à la mort. Tout le reste, l'organisation, la croissance, le développement, l'apprentissage et la reproduction invariante elle-même, n'est pas de l'ordre du projet, mais au contraire des perturbations aléatoires qui heureusement le contrarient. Les organismes vivants apparaissent ainsi comme des systèmes suffisamment compliqués, redondants et fiables, pour réagir aux agressions aléatoires de l’environnement de telle sorte que l'atteinte de l'état d'équilibre, c'est-à-dire la mort, ne soit possible qu'à travers les détours de ce qu'il est convenu d'appeler la vie."

Henri Atlan - Entre le cristal et la fumée - Editions du Seuil - 1972

Jul 10, 2016

La règle du 'Je'

Giverny - 05/2016

Toute connaissance suppose au préalable deux choses: un sujet connaissant et des objets à connaitre. Le sujet connaissant, c'est le 'Je', c'est la conscience qui entreprend une démarche de connaissance sur le monde extérieur. Dans le processus scientifique de connaissance, il faut toujours présupposer, au départ, une complète séparation entre le 'Je' connaissant et les objets à connaitre (ou les objets d'étude, si on préfère). Le 'Je' connaissant, c'est l'unité de notre conscience rationnelle.

Ce 'Je' est une position implicitement séparée et en surplomb des objets d'étude. C'est le physicien idéalement neutre, c'est-à-dire sans interaction avec les objets à connaitre pendant le processus de connaissance et d'expérimentation. Il faut comme le dit Kant, nécessairement présupposer au 'Je' une unité dans le temps du processus de connaissance. 

"L'entendement [l'intellect, la conscience connaissante] est, pour le dire de façon générale, le pouvoir des connaissances. Celles-ci consistent dans la relation déterminée de représentations données à un objet. Mais l'objet est ce dans le concept de quoi le divers d'une intuition [d'une expérience sensible] donnée se trouve réuni. Or, toute réunion des représentations requiert l'unité de la conscience dans [pour] leur synthèse. Par conséquent, l'unité de la conscience est cela seul qui constitue la relation des représentations à un objet, donc leur validité objective: c'est ainsi qu'elles deviennent des connaissances et c'est donc sur elle que repose la possibilité même de l'entendement." (*)

Autrement dit, ça veut dire que si par exemple c'est mon propre corps que j'étudie, je me dédoublerais nécessairement en un 'Je' connaissant et un 'je' à connaitre. Par rapport au 'Je' connaissant, mon corps (le 'je' à connaitre) est de facto en position extérieure, à distance pour être saisi dans le processus de connaissance scientifique par le 'Je' posé a priori et nécessaire à l'unité du processus de connaissance. 

Si l'on se range du côté kantien, il n'y a pas de connaissance scientifique sans avoir au préalable fait l'expérience sensible du sujet à connaitre. 

Connaitre scientifiquement, c'est d'abord saisir une portion de réel dans une expérience sensible et la rassembler, l'unifier sous le 'Je' connaissant, grand maître et chef d'orchestre du processus de connaissance. Sous le 'Je' connaissant idéal, le processus de connaissance rassemble ainsi la diversité des expériences sensibles et les range, les compare, les organise sous différents concepts, transformant les expériences nécessairement personnelles et subjectives au départ, en connaissances universellement partageables, c'est-à-dire objectives. Le 'Je' connaissant est le réceptacle unifié et constant dans le temps de l'expérience scientifique, posé a priori comme condition nécessaire et pré-existante à toute expérience sensible, pour recueillir et organiser les expériences faites sur le Réel.



Dieu n'est pas un sujet de connaissance scientifique parce qu'on ne fait pas l'expérience scientifique de Dieu. Le discours scientifique, les méthodes expérimentales ne sont par opérantes pour connaitre Dieu. Elles ne peuvent produire de discours sur Dieu.

Il faut ici convoquer à nouveau le principe de base du processus de connaissance scientifique pour exclure toute possibilité d'objectiver, même 'l'expérience' mystique et sensible de Dieu. Dans l'expérience mystique, celui ou celle qui rencontre Dieu ne se pose pas en 'Je' connaissant et à distance du sujet [ici Dieu] à connaitre, comme l'exigerait toute théorie de la connaissance. C'est plutôt le Dieu qui choisit celui-ci ou celle-là. Certes, la rencontre est sensible, mais elle n'entre pas dans le champ d'une théorie de la connaissance scientifique, car la non séparation du 'Je' connaissant de l'objet à connaitre exclut toute possibilité d'investigation scientifique comme par exemple renouveler l'expérience mystique par action sur des facteurs déclencheurs, ou encore reproduire en laboratoire les conditions d'apparition de cette expérience mystique.

La conscience du sujet ne se pose pas en surplomb de l'expérience sensible dans la rencontre mystique avec Dieu, car il y a toujours un caractère fusionnel entre l'élu' pour la rencontre et Dieu lui-même.

La recherche de Dieu passe par cet autre moyen d'investigation que l'on nomme le Cœur.

Critique de la raison pure - E. Kant - traduction A. Renaut (Garnier-Flammarion) et commentaires Graffiblog entre crochets [ ]

Aubevoye - 07/2016





Jun 22, 2016

Honnêteté intellectuelle (la sociologie est une science)



"Je pense qu'on est fondé à parler de science, même si notre science est [inaudible*] débutante, balbutiante, etc. Il y a malgré tout une séparation de nature entre l'effort scientifique que fait l'historien, l'ethnologue, le sociologue ou l'économiste et ce que fait le philosophe. Nous travaillons à être vérifiable ou falsifiable [ ... ] étant entendu que quand je dis science, on peut me réfuter avec des arguments scientifiques. Jusqu'à présent, j'ai été l'objet d'attaques mais jamais de réfutations au sens rigoureux du terme. Je dirais qu'une des raisons de ma tristesse, c'est que dans le champ intellectuel français, j'ai beaucoup d'ennemis mais je n'ai pas d'adversaires, c'est-à-dire des gens qui feraient le travail nécessaire pour opposer une réfutation. Je sais qu'en pareil cas, on me répond:

- Mais ça, c'est totalitaire, puisque vous êtes irréfutable!

- Pas du tout! Pour me réfuter, il faut se lever de bonne heure; il faut travailler."
* remarque Graffiblog


Archives:  La sociologie est une science - A voix nue - Pierre Bourdieu - France culture - 01/02/1988

Les nouveaux chemins de la connaissance - Pierre Bourdieu: un structuralisme héroïque par Jean-Louis Fabiani

http://www.franceculture.fr/emissions/les-nouveaux-chemins-de-la-connaissance/pierre-bourdieu-un-structuralisme-heroique-par

Jun 19, 2016

Présences


Il y a un temps pour tout, comme on dit. On ne croit pas si bien dire; il y en un temps propre pour tout ce qui est en mouvement.

L'année 1905 et l'un des cinq articles publiés par Albert Einstein cette année là, bouscule la conception que nous avions jusqu'alors du Temps. Le Temps avant Albert, c'est le temps newtonien, un même temps pour tous les objets de l'univers. Dans la physique de Newton, tout le monde vit à la même heure. Le Temps newtonien est une grosse montre au-dessus de l'espace infini à trois dimensions. C'est une sorte de France Inter à l'échelle de l'univers qui donne les mêmes tops de l'heure juste partout, ici et là et jusqu'aux confins de l'espace galactique.

Mais la Relativité restreinte d'Albert bouscule tout ça parce qu'elle nous dit qu'un objet en mouvement par rapport à un autre objet voit son temps, c'est-à-dire sa montre, se désynchroniser par rapport à la montre de l'autre. Prenons par exemple une fusée sur son pas de tir. Tant qu'elle est à l'arrêt, les montres à bord de la fusée sont synchronisées aux montres de la salle de contrôle des opérations. Ces deux lieux, ou plutôt ces deux référentiels ont le même temps car ils sont immobiles l'un par rapport à l'autre. Et puis la fusée allume ses moteurs et s'élève sur le pas de tir. Elle accélère jusqu'à atteindre sa vitesse de croisière stabilisée. Les montres à bord de la fusée se sont désynchronisées par rapport à celles restées au sol dans la salle de contrôle. Mais à bord de la fusée, comme dans la salle de contrôle au sol, tout semble pourtant normal et habituel. Les mêmes expériences de physique donneront les mêmes résultats. Le mouvement uniforme est comme rien disait Galilée. Albert Einstein reprend à son compte ce postulat.

Supposons que l'on décide de cuire dans la salle de contrôle du centre spatial un beau poulet de ferme de 3kg dans un four à 220°C (admettons ...). Il faudra 1h45min pour cuire le poulet. De même, si dans la fusée on cuit le poulet jumeau du premier resté à cuire à terre, dans le même type de four et à la même température de 220°C, à bord de cette fusée filant à une vitesse proche de la lumière, il faudra ... 1h45min de cuisson exactement. Le mouvement de la fusée ne change rien aux lois de la physique. Ces dernières s'expriment identiquement quel que soit le référentiel choisi, fusée ou salle de contrôle, pourvu que ces référentiels se déplacent les uns par rapport aux autres d'un mouvement uniforme. Le mouvement uniforme est comme rien disait Galilée.

Là où ça se complique, c'est si un type de la salle de contrôle à terre, pointe un télescope en direction d'un hublot de la fusée et observe la cuisson du poulet à bord. Il verra que le poulet cuit très, très, très lentement; aussi lentement que les aiguilles de l'horloge du four à bord tournent lentement par rapport à ce qu'il observe à terre. Le type est en train d'expérimenter depuis son référentiel et son temps propre, l'observation d'un phénomène physique dans un autre référentiel en mouvement par rapport à lui qui possède de facto son temps propre à lui. Le type visualise la désynchronisation des montres.

Avec Newton, il n'y avait qu'un seul temps et donc un seul instant présent pour tout l'univers. Mon instant présent est ton instant présent, le même que l'instant présent des mondes au confins du Monde. Avec Einstein, il y a autant de temps propres et donc d'instants présents que d'êtres en mouvement. Quand Jeanne file dans le sud à bord d'un TGV et que Romain reste à Paris, ils ne vivent plus dans le même temps; ils n'ont plus physiquement le même instant présent. Mais quand il se retrouvent dans leur appartement, ils resynchronisent leur montres. Ils vivent à nouveau le même instant présent.

Loin d'assécher la beauté de la vie, les équations de la physique d'Einstein donnent au contraire un surcroît de réalité à la notion de présence entre deux êtres..

Aubevoye - 06/2016




Jan 29, 2016

Béance

La castration d'Ouranos - 11/2015 


Au début était la Béance, que les Grecs appelaient Chaos ; un abîme, une chute sans fin, une profondeur obscure

Puis il y eut les divinités primordiales: Gaïa, la Terre qui enfanta Ouranos, le ciel, et Pontos, la mer. Puis il y eu Eros, l'amour primordial, le moteur de la création dans le Monde

Puis il y eut les premiers dieux: les Titans, Cronos était le plus jeune, les Cyclopes et les Hekatonchires, les Cent-bras, que Gaïa portait tous en son sein, étouffée par Ouranos qui la couvrait sans relâche

Alors Cronos, dans le ventre de Gaïa, castra Ouranos

Et Ouranos, hurlant de douleur, lâcha prise sur Gaïa et alla se fixer pour toujours là-haut, devenant le ciel d'aujourd'hui. Il libérait Gaïa de son étreinte; il libérait l'espace et le temps dans le monde; il libérait les enfants que Gaïa portait en elle. 

Le Monde pouvait avoir enfin un avenir, un destin

Puis il y eut la guerre entre les dieux

Puis il y eut d'autres dieux, les dieux de l'Olympe ainsi que les hommes 

Et il y eut la stabilisation du Monde

Et le Monde né du Chaos se fixa dans une harmonie appelée Cosmos

Mais sous Gaïa, ce solide plancher des vaches, se trouve encore « Chaos souterrain, dans le Tartare brumeux, où rien n'est distinct, où il n'y a pas de direction, béance ouverte dans le fond de la terre. (…) Au début, on s'en souvient, il y eut Chaos. Ensuite Terre. Gaïa, la mère nourricière, est de fait le contraire du Chaos mais, en même temps, elle tient du Chaos ; non seulement parce que dans ses profondeurs, par le Tartare, par l'Erèbe, se trouve un élément chaotique, mais aussi parce qu'elle surgit juste après lui.» (1)

Et puis quelques milliers d'années passèrent ...

Une particule quantique, c'est-à-dire toute particule de matière ou d'énergie à l'échelle subatomique, est entièrement et complètement définie par sa fonction d'onde. La fonction d'onde, c'est une équation ayant le formalisme de l'équation d'une onde, Comme les rides à la surface d'un lac au repos où on aurait jeté une petite pierre. et décrivant le devenir de la particule dans l'espace et dans le temps. Mais ce n'est pas directement la propagation de la particule que décrit la fonction d'onde.

La fonction d'onde d'une particule n'est pas une onde au sens de la propagation d'une perturbation, d'une information, d'une déformation, d'une particule, comme le son dans l'air, les vagues concentriques à la surface de l'eau qui rayonnent autour de la petite pierre, comme le rayon lumineux qui file dans le vide intersidéral. La fonction d'onde n'est rien de tout ça ; elle n'est rien de physique; la fonction d'onde est une sorte de grille de lecture de la probabilité de présence de la particule dans l'espace et dans le temps. C'est une clé, un cheat code spatio-temporel donnant en tout point de l'espace et à tout moment, les chances d'y trouver la particule. Cette clé, dans sa forme la plus simple, s'écrit comme l'équation d'une onde classique pour un instant (t) et une position (r) dans l'espace :

ψ(r,t) = A.cos(ωt-kr)

Ou encore, en notation exponentielle

ψ(r,t) = A.ei(ωt-kr)

Avec (A) l'amplitude maximale de l'onde  ; (ω) sa pulsation, homogène à la périodicité de l'onde dans le temps et (k) le nombre d'onde dans l'espace, homogène à sa périodicité spatiale de l'onde, c'est-à-dire la longueur de ses enjambées dans l'espace (par exemple la distance entre deux maximum à un instant t).

Quelles sont les chances dP de trouver la particule à l'instant (t) dans un volume dV de l'espace ? Pour le savoir, il suffit de calculer le module au carré (une probabilité est toujours positive) de la fonction d'onde ψ(r,t), notre clé de pistage de la particule, pour l'instant (t) à la position (r).

dP = |ψ(r,t)|2.dV

La matière est une présence qui donne des assurances régulièrement fluctuantes. Elle ne donne que des rendez-vous probables et vous dit que vous aurez plus de chance de la trouver ici que là, encore qu'ici, il sera plus au moins probable de la trouver selon l'heure à laquelle vous arrivez, mais que les grandes et les faibles chances de la trouver reviendront périodiquement dans le temps et dans l'espace. La matière est une amante régulièrement enthousiasmante et régulièrement exaspérante. Mais ce que l'on sait de façon certaine, c'est que la particule est présente quelque part dans l'univers, c'est-à-dire que sa probabilité de présence y est dans ce cas, nécessairement égale à 1 :

dP = univers |ψ(r,t)|2.dV = 1

S'il n'est pas difficile de croire à la présence effective d'une bordure de trottoir dans la rue commerçante de Cherbourg (qui oserait sans crainte y lancer un grand coup de pied?), il est en revanche plus dur à admettre que ce bloc de béton si dur est constituée de milliards de milliard de grains de matière probablement là, et probablement pas là.

Aux tréfonds des granits les plus solides de la grande de Colignon, la matière seulement probable, régulièrement fuyante, régulièrement présente, comme l'intuition de la Béance souterraine des Grecs ?


(1) Jean-Pierre Vernant. L'univers, les dieux, les hommes - Récits grecs des origines – Points Essais

Aubevoye 01/2016

Jan 1, 2016

Sciences et Arts plastiques

Dali - Marché aux esclaves avec apparition du buste de Voltaire

Beaucoup d'artistes plasticiens contemporains plient encore aujourd'hui l'interprétation du sens profond de leurs œuvres aux quatre éléments de la physique d’Aristote : l'Eau, l'Air, le Feu, la Terre. Il est vrai que cette conception du monde n'est pas sans poésie. Elle est même la chair du travail du céramiste, qui, tel un démiurge, met en forme la terre mouillée d'eau, la sèche à l'air sur les claies de son atelier pour la cuire ensuite au feu de son four. 

Les Temps Modernes vidèrent la boite à outils conceptuels du physicien du XVIIième siècle pour de nouveaux outils, tous forgés avec les mathématiques. Galilée postula que « le grand livre de la Nature est écrit en langage mathématique ». La caisse à outils du scientifique garnie des vieux concepts aristotéliciens ne pouvait plus guère être utile pour lire la Nature.

C'est sûrement les mathématiques, ce langage formel, compact et univoque, qui rebute depuis toujours les artistes plasticiens contemporains. Parce qu' appuyer son œuvre sur la Science moderne suppose un minimum de connaissance de ces découvertes. Ces connaissances ne sont véritablement possibles, même pour un simple survol, qu'en abordant des textes résistants qui ne se laissent déchiffrer qu'avec un minimum de culture scientifique et un esprit sans aversion pour les équations. Combien d'artistes plasticiens affrontent les textes résistants de la Science pour combien qui se contentent encore de la vieille conception aristotélicienne du Monde si intuitive? Il y a Max Ernst et son Jeune homme intrigué par le vol d'une mouche non euclidienne. Le "Marché aux esclaves avec apparition du buste de Voltaire" d'un Dali passionné de physique quantique. Qui d'autre encore ?

La physique moderne semble aride et désespérément inhumaine au premier abord, mais elle a pourtant montré la possibilité de la plus belle et de la plus incroyable union entre deux particules à travers l'intrication quantique. Cette émouvante intimité de deux corps par-delà les distances est magnifiquement évoquée au cinéma par Jim Jarmush.

Aubevoye - 11/2015

Oct 7, 2015

Réfléchir

Tate Modern - London - 07/2015


"Douter de tout ou tout croire, ce sont deux solutions également commodes, qui l'une et l'autre nous dispense de réfléchir"

Raimond Poincaré - La Sciences et l'hypothèse

Sep 22, 2015

Particules intriquées

Paris - métro - 2015

Quelque part
Dans l'Univers
Et
Partout 
A la fois

Aubevoye 09/2015

Sep 3, 2015

Stan

A la recherche du Neuralino - dessin au téléphone - 08/2015

C'est Romain qui fit le voyage pour présenter les travaux qu'il menait avec Brigitte et son équipe au laboratoire depuis cinq ans. Normalement, c'est Brigitte qui aurait dû y aller. Elle s'était énormément investie dans le projet. Elle avait su donner sens aux résultats des expériences en prenant un point de vue théorique iconoclaste qui avait laissé Romain perplexe au-début, mais qui s’avéra par la suite très fructueux. On avait pris beaucoup de temps à vérifier les résultats et les conditions expérimentales. Romain y tenait. Il ne souhaitait pas faire de publication hâtive. On avait poussé et tordu dans tous les sens l'ébauche d'explication théorique de Brigitte, pressé les équations avant d'écrire quoique ce soit. On savait que l'équipe tenait un bon papier.

Brigitte venait de perdre son père et repartait chez elle en Savoie. Il fut convenu que c'est Romain qui irait présenter les travaux. L'institut avait serré les budgets mission depuis quelques temps. Il devenait de plus en plus dur d'aller aux colloques à l'étranger. Sauf à être chef de service, pas question de partir si on n'avait pas un papier à présenter, et encore moins d'y aller avec un collègue. Il faut dire aussi que les coûts des inscriptions étaient devenus exorbitants. Les organisateurs abusaient, ça pouvait monter jusqu'à mille euros.

Romain n'était d'ailleurs plus aussi fana qu'avant pour y aller. Sa curiosité envers les travaux des autres chercheurs était intacte, mais l'organisation des conférences les rendaient souvent fatigantes. Il y avait systématiquement une grosse densité de présentations et peu de temps était alloué pour les questions. C'était un peu de l'abattage. Il fallait courir d'une salle à l'autre, d'un étage à l'autre, pour assister aux différentes présentations. Deux mots échangés dans un couloir avec un collègue faisait rater le début de la conférence suivante.

Romain sortait d'une conférence d'un jeune Russe brillant. Comme toujours avec eux, la présentation était pourrie, copies de Word, feuilles de papier scannées, mais le contenu l'avait fortement impressionné. L'équipe russe n'était pas loin de prouver l’existence du neutralino, constituant probable de la matière noire de l'univers.

Romain filait dans l'escalier vers la conférence suivante (ascenseur hors service pour ne rien arranger) quand il croisa Stanley. Romain avait rencontré Stan quand il faisait sa thèse à Orsay. Ils ne s'étaient jamais perdu de vue depuis. Stan publiait beaucoup, un peu trop au goût de Romain. Romain l'avait accueilli au labo l'année dernière pour la mise au point assez délicate d'une électronique dédiée aux expériences de Brigitte. Stan était un génie de l'électronique, toujours d'humeur joviale, bon camarade, mais toujours aussi crade. Stan ne changeait pas .

A l'odeur, Romain devina que Stan avait sur le dos les fringues qu'il avait portées pendant le voyage en avion la veille. La météo était pas mal perturbée depuis quelques jours. Stan avait du avoir des sueurs froides au moment de l'atterrissage. Stan sentait très fort.

Ceci dit,  même les rares fois où Stan avait fait des efforts de toilette, il restait toujours sur lui une odeur persistante de Poney. 

Aubevoye - 09/2015 

Aug 23, 2015

Psy


Niels Bohr lecturing in Copenhagen, 1947. Source: The Niels Bohr Archive.

Tous, ils ont cherché le Monde à leurs façons. 

Certains avec les mots, d'autres en se taisant.

Certains avec des équations à la limite, d'autres dans un trait de calame à l'encre noire sur le papier. 

Avec une Parole, avec le geste, la danse

Le regard de l'autre.

Le Monde entier dans une retraite entre des murs baignés de silence.

Le Monde entier dans la lumière violette de l'orage qui menace. Dans l'odeur âcre de silex sur le versant d'une combe avant que frappe la foudre. 

Le monde entier dans un rire clair

Tous, ils ont cherché le Monde à leurs façons. Voyage. Seuls devant une aurore. Seuls dans la foule. 

Seul dans une chambre vide. Vide de sens

Philosophies. Livres cornés. Poèmes. Polycopiés froissés, annotés. Corps. Carnet. Croquis. 

Cri de douleur ou paix intérieure.

La faim tenace de rencontrer le Monde avant d'y retourner
Aubevoye - 08/2015



Je me tais
Je cherche la compagnie de ceux qui doutent et qui cherchent

Croquis d'atelier - 2015


Aug 21, 2015

Psi

 Aubevoye 08/2015

Deux choses décisives avaient déterminé Romain à s'engager dans une carrière de physicien. 

La première fut en quelque sorte, comme une révélation : un scientifique médiatisant la science avait dit lors d'une conférence à laquelle Romain avait assisté, que la physique quantique n'était pas vraiment explicable avec des mots, et que l'on ne pouvait comprendre en profondeur cette prodigieuse description du monde qu'en se plongeant dans son formalisme mathématique.

- Si le langage du monde est mathématique, alors je veux faire des maths ! s'était dit Romain. Je veux parler le langage du monde !

Sa vocation était née. Romain était alors un jeune homme avide de questionnements ontologiques. Son Eldorado sera la recherche fondamentale en physique. On venait de lui indiquer à la fois le but et la route à suivre. Ils étaient tous les deux en partie mathématiques.

Le deuxième élément qui engagea Romain dans les sciences jusqu'à faire une thèse et  diriger ensuite un laboratoire de physique nucléaire fut d'ordre esthétique. Quoi de plus beau dans le formalisme mathématique que le graphisme de la lettre psi qui désigne la fonction d'onde d'une particule? Quoi de plus beau que psy-de-x-et-de-t ? Alors qu'il était en thèse, il éprouvait encore un vif plaisir à trouver au détour d'une page, à écrire même ce symbole mathématique. Le premier que l'on rencontre quand on s'engage dans l'étude de la physique quantique. Le premier qui annonce les mystères de cette renversante description du monde. Le premier qui promet de l'étrange, qui vous dit que, ça y est, vous entrez dans l'incroyable, que psi c'est le panneau au-delà duquel, plus rien n'est comme vous l'avez toujours cru, que ça va décoiffer! - Attachez vos ceintures : c'est vrai et fou à la foi ... On va vous vriller le cerveau!

Psy-de-x-et-de-t, la plus belle notation pour Romain. Graphiquement dynamique et équilibrée, élégante, attirante, irrationnellement et belle. Une empreinte de patte d'oiseau dans la neige, un chandelier, le totem, le trident de Poséidon, une griffure nerveuse et rebelle adoucie par les rondeurs des parenthèses enserrant x, virgule et t. 

Était-il fou de ressentir ça? Qui dans le labo pouvait comprendre ça? Romain n'avait jamais parlé à personne de son approche esthétique des équations. Dirac recherchait leur beauté mathématique, avait-il été sensible lui-aussi, comme Romain, a leur beauté plastique?

En y repensant maintenant, c'est cette notation qui déjà, adolescent, avait à chaque fois attiré son œil en arrière-plan de photos de physicien célèbres avec leur regards fermés, au milieu du fatras des équations des tableaux noirs, psy-de-x-et-de-t émergeait du tableau, telle une balise désirable, blanc sur noir, rayonnante et magnétique.

Le monde ne parlait pas que mathématiques. Le monde parlait aussi le langage des émotions. Les équations offraient aux yeux de Romain chair et rondeurs. Des hauteurs de nefs de cathédrales s'ouvraient alors dans son cœur. Il aurait presque pleuré. Romain avait trouvé un itinéraire bis pour rencontrer ce monde.


Aubevoye - 08/2015


Aug 4, 2015

Jeune homme intrigué par le vol d'une mouche non euclidienne

Max Ernst - Jeune homme intrigué par le vol d'une mouche non euclidienne - 1942

Romain avait toujours été fasciné par la physique quantique. Il avait notamment épuisé toutes les conférences d'Etienne Klein sur Youtube. Voilà un type qui te dit que seules les équations ne mentent pas, que le langage oral est toujours une approximation, que si tu ne fais pas de maths, tu ne pourras jamais accéder à cette compréhension fine du Monde que révèle la physique quantique. 

Il n'en fallait pas plus pour exciter l'envie de savoir de Romain. 

Le problème, le big problème dans cette affaire, c'était que Romain avait toujours été une vraie quiche en maths! P..... ! c'est quand même pas de bol pour un idéaliste platonicien pur jus comme lui, de se voir refuser l'accès à l'intimité du Monde, à son intimité propre d'une certaine façon, pour des dispositions innées dans les sciences dures largement très en-dessous de la moyenne.

Romain téléchargea sur le web toute sorte de doc, de cours, d'introductions disponibles sur le sujet. Oh! Pas de la doc de vulgarisation où l'on vous explique avec les mains la fonction d'onde d'une particule. Non! Romain voulait de la théorie quantique pur-porc, pas de la fausse monnaie. Romain voulait de la marque, avec des équations, et tout et tout. Il ne doutait ni de ses faibles moyens en math, ni de son immense désir de savoir. Et cette envie de savoir avait fini par tirer son épingle du jeu, à force de ténacité. Romain n'était pas allé bien loin dans les équations : fonction d'onde d'une particule virtuellement simple, et un peu de l'indétermination de Heisenberg, et encore, en mode survol, limite tourisme scientifique, mais peut-être assez pour alimenter ses réflexion philosophiques.

Il n'était pas allé bien loin mais il avait quand même arraché un peu de savoir aux équations. P..... que ça faisait du bien! Si le Paradis existait, ça devait-être un endroit où tout le monde devait être normalisé à l'intelligence maximale des phénomènes de monde. Ça devait valoir un méga fix (enfin, il supposait, ne s'étant jamais drogué). En reposant sur la table le polycopié qu'il avait téléchargé, il se rappela un commentaire de son chef au sujet d'un long paragraphe d'une étude technique qu'il avait mise en relecture avant l'envoi au client. L'étude lui était revenue du circuit des visas internes, avec de nombreuses corrections de forme et de style, comme à l'habitude, des demandes de précisions pour certaines parties, des aménagements à la marge dans le plan du document.

Mais il y avait aussi un grand paragraphe complètement barré au Bic bleu, avec le commentaire suivant:

- Pas clair! Je ne comprends pas! Il n'y a pas d'équations!

Oui, effectivement, Romain n'avait pas mis d'équations dans cette partie du document ! Le commentaire de son chef avait frappé son attention parce que, justement, ce long paragraphe, il avait trimé dur pour le sortir. il l'avait fini à l'arrache le vendredi, relu et corrigé à tête reposée le lundi, verrouillé dans les ultimes virgules et ajustements d'adjectifs le mardi, et envoyé dans le circuit interne de relecture le jour même, satisfait de lui. Tous ses efforts littéraires avaient été vains. Sa meilleure prose était appartement confuse et ne valait pas la précision, la compacité et l'univocité qu'aurait eu un jeu d'équations.

Le Bic bleu de son chef resta gravé dans sa mémoire.

Pour en revenir à la physique, et bien avant qu'il ne tente un début d'ascension des équations quantiques, Romain s'était essayé à imaginer la dualité onde-corpuscule de la matière avec ce que les articles de vulgarisation qu'il avait lu, lui avaient laissé entendre. Il avait fait toutes sortes de contorsions d'imagination pour se représenter un objet à la fois onde et particule. Romain ne manquait d'imagination, de cette imagination nourrie de la ferveur de comprendre et d'une sensibilité un peu plus à vif que la moyenne de ses congénères. Et il y était presque arrivé! Dans le ciel tourmenté de son imagination, il avait cru entrevoir par instant de brèves trouées de lumière dévoilant, non pas rationnellement, mais comme sensiblement, des trucs lui apparaissant vaguement à la fois comme onde et à la fois comme particule. Comment dire ça? Il l'avait presque senti, presque entr'aperçu dans une sorte d'image mentale sensible. C'était confus et proche à la fois, comme ces noms que l'on a sur le bout de la langue et que l'on sent, sans en saisir vraiment le contour, proches et inaccessibles à la fois, et qui se dérobent toujours dans l'espace restreint de notre apparente possession.

Ces trésors d'imagination n'avaient été que peines perdues! En se penchant sur la fonction d'onde d'une particule, Romain cru comprendre que la dualité onde-corpuscule de la matière n'était pas une dualité d'ordre ontologique, mais n'était qu'une question de probabilité de présence de la matière dans le temps et les espaces, pilotée par cette équation en quelque sorte. L'équation avait livré sa vérité brute. Si Romain fut heureux de cette petite victoire sur les maths, il en fut cependant déçu comme un enfant qui découvrirait un décor tout plat, là où il pensait voir une vraie ville de Far-West. Romain trouva du coup la physique quantique moins gonflée, moins folle, plus conventionnelle que ce qu'il avait imaginé. Évidement, s'il avait été versé dans les mathématiques, l'approfondissement de la théorie lui aurait sûrement donnée de belles surprises, mais pour le coup, c'était un fait que dans son petit monde à lui, avec ses moyens limités d'interprétation et dans la ferveur de son désir de savoir,  l'équation d'onde était une grosse déception!

Peut-être même que ce flash de compréhension, n'était-il encore qu'une nouvelle production boiteuse de son esprit. N'empêche, Romain avait cette capacité de se trouver un monde merveilleux avec du boiteux, capacité propre aux esprits pathologiquement imaginatifs. Ses succès dans le formalisme quantique n'allèrent pas bien loin. Romain butait sur la suite des cours téléchargés. C'est bien connu que les livres répondent toujours la même chose à la question que l'on repose sans cesse quand on ne comprend pas leur réponse. Si seulement Romain avait pu avoir un maitre, ou même simplement l'aide d'un esprit mieux dégauchi que le sien en maths pour lui donner la main.

Oh! Quelles joies il aurait pu tirer de cette association!



Aubevoye - 07/2015









Apr 17, 2015

Ophtalmologie hédoniste


 Bourges 05/2015
 
(On f'rait bien de faire le test)

Regardez bien dans le binoculaire
Et dites-moi si votre vie semble
Plus remplie de plaisirs dans les zones rouges
Ou bien si c'est dans les zones vertes
Qu'elle semble plus remplie de plaisirs?
...
Prenez votre temps
...
C'est plus agréable dans le vert?
Ou
C'est plus agréable dans le rouge?

Aubevoye 2015

Mar 29, 2015

Ulysse et neurosciences



Image de synthèse des émotions de Ulysse au moment de sa rencontre avec Nausicaa (reconstitution par ordinateur en couleurs réelles sur la base musicale du texte de l'Odyssée- Programme de recherches européen SYNTAX_EMOTICON). 

"Cognition et émotion sont intimement liées. Par exemple : la réponse classique de type “se battre ou fuir” est plus qu'une réponse comportementale et entraîne des changements dans l'environnement neurochimique de notre cerveau et de notre corps et a une influence majeure sur les activités cognitive.
 Toute émotion correspond à un profil d'amorçage et d'inhibition de buts et de processus, ainsi qu'à des modifications sélectives de processus automatiques et hormonaux" 
 Jean-luc LASSERRE Ostéopathe DO

Mais Ulysse est épuisé et il ne sait pas qu'Athéna le guide. Il choisit de donner sa confiance à Nausicaa.

Mar 27, 2015

Nausicaa et neuro-sciences


Image de synthèse des émotions de Nausicaa au moment de sa rencontre avec Ulysse.(reconstitution par ordinateur en couleurs réelles sur la base musicale du texte de l'Odyssée- Programme de recherches européen SYNTAX_EMOTICON). 

"Le sous-système d'appariement somatotopique (cortex pariétal postérieur droit) spécifie la localisation corporelle précise d'où émerge la modification de l'état interne consécutive à une situation génératrice. Il transmet alors l'information à la mémoire associative. Ce sous-système pourrait être implémenté dans le cortex pariétal postérieur droit car ce cortex contient la carte la plus complète de l'état du corp"
Jean-luc LASSERRE Ostéopathe DO

Mais Nausicaa ne le sait pas. Nausicaa trouve Ulysse très beau.

Feb 7, 2015

Face à Face (This is the End)


Procédure de fin d'exposition 
(N° d'enregistrement PROC_EXP_001_2015 ind.A du 07/02/2015 )

             1/ Finir l'exposition

             2/ Tenir compte du principe d'Inertie

             3/ Tenir compte de l'égalité de la masse grave et de la masse inerte

             4/ Comprendre qu'après 1/ et avec 2/ et 3/ on tournera indéfiniment si on ne fait rien

             5/ Accélérer et en vertue du PFD => F = m.a

             6/ Changer d'orbite