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Feb 2, 2019

La diseuse de bonne aventure - Le Caravage


Dans la version du Louvre:
- la diseuse de bonne aventure,manipuleuse
- le jeune homme, naïf

Scène de genre



Et puis ensuite

La version de la Pinacothèque Capitoline de Rome
- le jeune homme, pas dupe mais ému
- la jeune fille, idem

Scène du désir


Toujours l'humaine condition où la tricherie, le péché, la violence, la duplicité de l'âme côtoient le désir, l'amour et le sublime des cœurs. 

J'ai l'impression que toute l’œuvre du Caravage n'est qu'une seule demande de pardon pour nous, pauvres pécheurs, noirs et sublimes à la fois.


Vernon 2019

Jan 10, 2016

Esquisse romanesque (Regards)

Croquis - Roma - 07/2014

Pas facile de faire des croquis sur le vif. Les gens paraissent immobiles, mais bougent tout le temps en fin de compte. Pas facile, parce qu'il y a aussi le regard fixe et pénétrant de celui qui dessine, ce regard qui cherche à posséder le motif. Les gens le sentent. Ce n'est peut-être pas qu'une question de regard d’ailleurs. Rationnellement, on pourrait avancer que c'est la présence immobile du dessinateur qui attire l'attention des badauds dans la rue, parce que, normalement, tout le monde bouge, alors quelqu'un d'immobile dans le coin de l’œil, c'est bizarre. C'est un mort, un endormi ou une vague menace. Ça réveille quelque-chose d'ancestral qu'on a peut-être encore tous en nous : des warnings qui s'allument en rouge au fond de notre tête, quelque-part dans le cerveau reptilien : présence d'un prédateur. Pourtant, Jeanne a toujours pensé qu'il y avait autre chose qui opérait dans les relations inconscientes entre les gens, y compris dans la rue, des genres de petites antennes secrètes plus ou moins déployées et en émission-réception permanente. Les gens qu'on dessine finissent par savoir qu'on les dessine, assez rapidement.

Pas facile de croquer dans la rue. Jeanne ne s'était pas assise à la bonne place à la terrasse du café. Trop près de la porte, le serveur jetait un coup d’œil sur son carnet de croquis à chaque aller et venue, à chaque commande prise ou servie. Il est même sorti une fois pour rien, dans un moment de calme, comme pour guetter le client depuis la rue, juste devant elle, et Jeanne était presque certaine qu'il prenait la pose, qu'il essayait de lui chiner un croquis, une entrée en matière pour l'aborder. Prédateur ? Avec les hommes, il y a toujours plus ou moins le doute. Faut rester prudente. 

Les coups d’œil indiscrets du serveur l’avait déconcentré ; encore une histoire de regards. Tout est regard dans une rue commerçante d'une grande ville, un samedi après-midi d'été. Combien de regards Jeanne a-t-elle échangés alors qu'elle remontait la grande rue piétonne ? Il a eu ce couple : lui, le nez au vent et elle qui a posé sur Jeanne ce regard appuyé. Les femmes se reconnaissent et s’apprécient quand elles sont séduisantes, et Jeanne était séduisante cet après-midi. Belle ? Non ! Elle n'aurait jamais pensé ça (et pourtant elle l'était terriblement), mais séduisante dans sa robe légère qui dégageait sa ligne d'épaule, ça oui ! Elle le savait.  Elle avait relevé ses cheveux sur sa nuque avec une grosse pince. Ça lui donnait un charmant port de tête XIXième, comme ce modèle aux cheveux roux que Lautrec à peint si souvent. Jeanne avait 38 ans et, à cet age, une femme sait ce qu'elle doit porter pour être à son avantage.

Il y a eu aussi le regard de cet homme dans la librairie ou elle est entrée. Il était timide et intrépide, et discret à la fois. Ils ont échangé un sourire, simplement, comme deux amoureux de littérature qui se reconnaissent. C'est tout. La ville permettait ça.

En sortant de la librairie, Jeanne avait rejoint la terrasse du café et avait sorti son carnet de croquis. Pas facile de dessiner sur le vif. Les gens paraissent immobiles, mais bougent tout le temps comme on disait tout à l'heure, sauf que Jeanne avait remarqué que dans cette pseudo-immobilité, ils ne prenaient en fin de compte que trois ou quatre positions qui revenaient à tour de rôle. Clic-clic, comme des automates. Elle avait alors essayé de mener trois ou quatre croquis de front pour ce garçon et cette fille assis sur le bord du trottoir de l'autre côté de la rue. Lui était venu voir son amie. Il avait l'air triste et fatigué. Il restait immobile et prostré. Plutôt facile à dessiner du coup. Elle, elle avait pris sa pause et était sorti du magasin pour fumer une cigarette et le retrouver. Elle était volubile. Elle croisait et décroisait tout le temps ses jambes. L'horreur à dessiner ! Les croquis étaient tous bons à jeter.

C'était pas évident de travailler plusieurs dessins en parallèle. Ce n'était plus vraiment du dessin sur le vif. Ça perdait de sa force. Mieux valait capter la pose en une seule fois. Jeanne avait perdu de son agilité pour ça. La main ne répondait plus aussi bien que du temps où, à l'atelier, elle enchaînait des dizaines de croquis rapides d'après modèle. Rapide, ça voulait dire, genre, trente secondes, parfois encore moins! Elle sortait épuisée du cours de dessin mais sa main avait fini par acquérir une adresse surprenante. Son trait avait à l'époque de la souplesse sans être mou, de la force sans être raide. Mais faute de continuer à travailler la rapidité, la main était redevenu maladroite. Le croquis rapide est une question d'entrainement. 

Et puis le croquis rapide, c'est aussi l'outil. C'est le bâton de pastel, le marqueur, le feutre qui 'crache'. Quelque-chose adapté à un geste vif. Jeanne voulait un beau trait du premier coup. Jeanne travaillait avec des crayons aquarelle. Le crayon aquarelle était sa découverte du début d'été. Ça lui permettait, une fois la posture captée en deux ou trois gestes souples, de mouiller le trait avec un pinceau chargé d'eau dans un deuxième temps, pour étirer des aplats d'ombre. Elle commençait à se sentir à l'aise avec cet outil, comme elle se sentait à l'aise dans sa robe légère. En fait, je crois qu'à cette époque, Jeanne se sentait à l'aise dans sa vie. 


Aubevoye 01/2016

Jan 3, 2016

Via nazionale (Roma)

Via nazionale - Roma - 07/2014

La via nazionale est déjà très animé ce matin. C’est la capitale, c’est une grosse artère. Je marche tranquillement sur le large trottoir. 

Il est neuf heure. 

On passe la toile dans la boutique CELIO, une chaînette verrouille encore les deux battants à l'entrée. Sur les bancs en pierre de l'avenue, des vendeurs indonésiens proposent des petites machines à coudre rigolotes qui ressemblent à des agrafeuses.

Il y a eu un gros orage ce matin vers 6h00. Le pavé est encore frais et les vendeurs à la sauvette vendent aujourd’hui des parapluies de circonstance. Un type livre un restaurant en bière et en sodas. Combien s'en boira-t-il aujourd'hui à Roma? Le trottoir côté ombre de l'avenue sent encore la fraîcheur de l'orage. Je traverse pour le côté soleil.

Je croise un SDF devant le supermarché DESPAR. Il marche à pas lourds, chaudement vêtu, le menton sur la poitrine comme un enfant qui s'est fait punir. On ne voit que son front, la pointe de son nez et la masse épaisse de ses cheveux noirs.

Tous les SDF sont habillés en été comme si c’était l’hiver de Paris à Naples en passant par Rome. Ils portent manteaux, veste de gros drap, canadiennes sur une ou deux épaisseurs de chandails et dorment dans des sacs de couchages quand la nuit est étouffante. Je m’en suis longtemps demandé la raison. Ce n'est manifestement pas un affaire de latitude. 

C'est, je crois, que la vie leur a collé un pain de glace sur l'estomac, à l’intérieur. Ils tentent vainement de se réchauffer en s’emmitouflant, par habitude, par réflexe, mais ils emmitouflent leur solitude.

Roma - 07/2014

Mar 19, 2015

Absence

Roma - 2014

Absence prolongée
le vide au bout du geste
le vide au bout des doigts

Absence

Et puis soudain
la présence de l'autre
autre corps
obstacle et but de mon élan
 l'autre enfin

Présence

Au bout du geste 
la surprise d'une marinière de coton 
sensations tactiles redevenues
neuves

Présence grossie de l'absence

Aubevoye 2015

Hard-Rock Live Roma (montage de la scene)

Roma - 2014

Le voyage me rend attentif aux sons, aux couleurs, aux ambiances, aux gens, aux lieux, aux parfums, à mes humeurs.

Les notes dans le carnet de voyage me rendent attentif à mon attention

Le carnet de voyage fait venir les mots et les mots font venir le carnet.  

Le carnet redéploie les émotions,

Les émotions redéploient le voyage,

Le voyage me déploie,

Ça se combine.
Roma - 2014 

Mar 16, 2015

Roma




Roma - 2014

La vendeuse et la caissière ne sont vraiment pas aimables. 

Et puis la vendeuse ne sait pas compter: je demande 7 gâteaux sablés à l'orange et elle m'en pèse 12 ! Je n'ai qu'un billet de 50 pour régler les 5,40 euros de mes sablés et des deux Ciabattines! Petits gémissements et soupe à la grimace de la patronne quand je tends mon gros billet. Elle se penche au-dessus de son tiroir-caisse et son nez s'allonge de mécontentement au point que je me demande si elle ne va pas trier les pièces de ma monnaie avec son tarin. J'ai bien compris qu'on me faisait une grande faveur en me la rendant. Du coup, je suis gêné, gêné d'autant plus que je n'ai pas les mots pour tenter une excuse! 

Comment charmer, comment se sortir d'une mauvaise passe en Italie et retourner une situation à votre avantage ... sans les mots?
Roma 2014

Mar 15, 2015

Andy (Roma)

Roma - 2014

Il y a eu un gros orage ce matin vers 6h00. Le pavé est encore frais. 

Il est neuf heure. 

Sur les bancs en pierre de la via nazionale, les indonésiens vendent à la sauvette des parapluies de circonstance et des petites machines à coudre rigolotes qui ressemblent à des agrafeuses.

On passe la toile dans la boutique CELIO, une chaînette verrouille encore les deux battants à l'entrée du magasin
  
Un type livre un restaurant en bière et en sodas. Combien s'en boira-t-il aujourd'hui à Roma? 

Le trottoir côté ombre de l'avenue sent encore la fraîcheur de l'orage.

Je traverse pour le côté soleil.
Roma - 20014

Mar 14, 2015

Croquis à Roma


Roma - 2014

Difficile de faire des croquis dans la rue ou à la terrasse d'un café. Les gens sentent le regard du dessinateur posé sur eux. Même les modèles à l'atelier, qui savent à quoi s'attendre, sont souvent gênés de ce regard tout en tension, scrutateur, alors le quidam de la rue... Le dessinateur a un regard de Minotaure. Un regard qui cherche à dévorer.

Ici, je suis mal placé. J'ai une table à l'entrée du Ristorante. La serveuse qui entre et sort pour servir voit tout ce que je dessine. Ça me bloque.
Roma - 2014

Mar 8, 2015

Napoli (quartier Mercato)

Napoli - 2014

Ça grouille, ça klaxonne, ça roule sur les trottoirs entre les hautes façades crasseuses aux balcons grêlés de trous, et comme passées sous la mitraille. 

Des immeubles ravagés par la lèpre, pansés de linge, hérissés d'antennes, ficelés de câbles électriques qui sortent des murs, des portes, des impostes, et pendent en guirlandes, de boites de dérivations en boite de dérivations, et comme par marcottage, multiplient et projettent leurs lierres vers d'autres façades.

Napoli - 2014

Napoli (quartier Mercato)

Napoli - 2014

Des balcons rouillés accrochés à des lambeaux de façades, des arcades noircies par les ans, la crasse, les guerres et les braseros des vendeurs ambulants, les coups de feu des rixes. De vastes places aérées, bordées de tags jusqu'à deux mètres de hauteur.

Des scooters qui filent à toutes allures.

 Napoli 2014

Napoli (Le port)

Napoli - 2014

Via Nuovo Marina,

le port de commerce avec son Magazzini Generali Silos E Frigoriferi., et puis d'autres cathédrales : tankers, monstres des mers, gigantesques, le pont chargé de containers que s'en est affolant ! Des mastodontes qui attendent à quai, immobiles, le bordé comme un à-pic de muraille, étourdissants de hauteur ! 

Sur le quai l'empilement des containers, un autre étourdissement! Des boites d'une épicerie géante qui attendent les mains d'acier des tours dressées sur le ciel bleu.

Au loin, les criaillements bref des freins des scooters qui se faufilent à toute allure.

Napoli - 2014

Mar 5, 2015

Fenêtre sur rue (Napoli) - Episode 2

Napoli - 2014

Le vieux quartier du port est calme ce soir. On entend l'Ave Maria au mégaphone à quelques rues de distance.
Napoli - 2014

Fenêtre sur rue (Napoli) - Episode 1



Napoli - 2014

Sep 12, 2014

Sep 2, 2014

Uomo o dio?

D'après un marbre du musée du Vatican - T. 2014