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Sep 8, 2015

Libre



Croquis d'atelier - Craie Conté à Paris et rehauts et retouches numériques - 2013


Nous savons tous combien l'abandon est un art difficile. S'abandonner sans résistance aucune au kinésithérapeute qui va manipuler votre corps, s'abandonner à celui qui vous conduit dans la nuit, s'abandonner à son partenaire dans l'amour, requiert une grande maîtrise de soi et une éminente liberté intérieure. Tel est en effet le paradoxe: la liberté parvient à son sommet au moment même où elle renonce apparemment à faire valoir son droit, et s'abandonner à une volonté qui lui est supérieure. Il n'est pas de plus haute liberté que de s'abandonner pleinement au Réel. Réussir à accepter en toutes circonstances, y compris face à la mort, et surtout face à la mort de ses proches, que ce qui est est, suppose d'être allé jusqu'au bout de l'alchimie intérieure qui fait de soi un homme vraiment libre, un homme authentiquement spirituel.

Bernard Besret -  Confiteor - JC Lattès

Aug 12, 2015

Cronos

Chapelle Saint Elymon  à Chandelier - commune d'Epiry - Nièvre

Je suis né le 16 mars 1935. Au moment où j'écris ces lignes je viens donc de passer le cap des cinquante-six ans. Collé par la force gravitationnelle à la superficie de la Terre, j'ai déjà parcouru cinquante-six fois le tour du Soleil. Cela représente à soi seul cinquante-six fois 950 millions de kilomètres, soit plus de 53 milliards de kilomètres parcourus.
(...)
En ce qui me concerne, si j'évalue ma vie en cycles solaires j'ai bien cinquante-six ans, mais si, par exemple, je l'évalue en cycle de Saturne, je n'achèverais ma deuxième année saturnienne qu'en 1994.
Il peut-être intéressant pour chacun d'entre nous de regarder concrètement, dans son histoire personnelle, à quoi un tel cycle à correspondu dans les faits. Je constate pour ma part, que cette deuxième année saturnienne à commencé en 1965, année au cours de laquelle je suis devenu prieur à l'abbaye de Boquen, ce qui, aujourd'hui encore, reste l'élément le plus structurant de mon curriculum vitae. Son premier quart, en 1971, correspond à la menace d'attentat qui a fait basculer ma vie.

Ce cycle à atteint son apogée en 1978, date à laquelle, dans ma fuite éperdue, j'ai tenté de me protéger du passé en interposant l'océan Atlantique entre lui et moi.

A son troisième quart, en 1985, j'avais retrouvé une certaine identité sociale en me stabilisant sur le plan professionnel à le Cité des Sciences et de l'Industrie à La Vilette.

Ce cycle va bientôt s'achever et la rédaction de ce Confiteor, qui est une sorte de règlement de compte avec le temps, avec Cronos (cet autre non de Saturne) est sans doute ma manière d'en tirer les leçons avant d'entamer un troisième cycle, d'autant plus décisif qu'il est peu probable que le puisse le mener à son terme.

 Bernard Besret - Confiteor De la contestation à la sérénité - Albin Michel - 1991

Confiteor


La chapelle Saint Elymon - Chandelier - commune d'Epiry - Nièvre


Pour pouvoir parler valablement aux autres hommes, il faut en effet savoir se taire. (...)

La psalmodie des moines chrétiens (qui possède des équivalents dans les autres traditions) joue sur cette capacité du chant à métamorphoser la parole en silence. Peu importent les mots chantés. A la limite, moins ils sont compréhensibles pour les chanteurs, et moins ils risquent de distraire leur esprit. C'est d'ailleurs pourquoi je crois à la puissance du murmure.

(...)

J'aimais cette longue période de jeûne qui commençait aux calendes d'octobre le 14 septembre, et se poursuivaient jusqu'à Pâques. Jusqu'au début du carême nous ne prenions plus qu'un seul repas par jour, après none, c'est-à-dire après la neuvième heure du jour dans l'après-midi. Pendant le carême, il était repoussé après vêpres, c'est-à-dire à la tombée du jour. Nous n'étions pas loin du ramadan (...)

Toutes ces prescriptions n'avaient pas nécessairement une origine religieuse. Dans bien des cas, elles ne faisaient que reproduire le mode de vie des paysans de l'Italie du VIe siècle, dans laquelle saint Benoît avait vécu.

(..) On se couchait après le repas, pris en fin de journée. Celui-ci une fois digéré (iam digesti surgant) on ne restait pas indéfiniment sur sa couche. On se levait et on faisait du feu. C'est alors qu'on veillait, dans l'attente du jour (...)

Bernard Besret - Confiteor  - De la contestation à la sérénité - Albin Michel - 1991