Toute connaissance suppose au préalable deux choses: un sujet connaissant et des objets à connaitre. Le sujet connaissant, c'est le 'Je', c'est la conscience qui entreprend une démarche de connaissance sur le monde extérieur. Dans le processus scientifique de connaissance, il faut toujours présupposer, au départ, une complète séparation entre le 'Je' connaissant et les objets à connaitre (ou les objets d'étude, si on préfère). Le 'Je' connaissant, c'est l'unité de notre conscience rationnelle.
Ce 'Je' est une position implicitement séparée et en surplomb des objets d'étude. C'est le physicien idéalement neutre, c'est-à-dire sans interaction avec les objets à connaitre pendant le processus de connaissance et d'expérimentation. Il faut comme le dit Kant, nécessairement présupposer au 'Je' une unité dans le temps du processus de connaissance.
"L'entendement [l'intellect, la conscience connaissante] est, pour le dire de façon générale, le pouvoir des connaissances. Celles-ci consistent dans la relation déterminée de représentations données à un objet. Mais l'objet est ce dans le concept de quoi le divers d'une intuition [d'une expérience sensible] donnée se trouve réuni. Or, toute réunion des représentations requiert l'unité de la conscience dans [pour] leur synthèse. Par conséquent, l'unité de la conscience est cela seul qui constitue la relation des représentations à un objet, donc leur validité objective: c'est ainsi qu'elles deviennent des connaissances et c'est donc sur elle que repose la possibilité même de l'entendement." (*)
Autrement dit, ça veut dire que si par exemple c'est mon propre corps que j'étudie, je me dédoublerais nécessairement en un 'Je' connaissant et un 'je' à connaitre. Par rapport au 'Je' connaissant, mon corps (le 'je' à connaitre) est de facto en position extérieure, à distance pour être saisi dans le processus de connaissance scientifique par le 'Je' posé a priori et nécessaire à l'unité du processus de connaissance.
Si l'on se range du côté kantien, il n'y a pas de connaissance scientifique sans avoir au préalable fait l'expérience sensible du sujet à connaitre.
Connaitre scientifiquement, c'est d'abord saisir une portion de réel dans une expérience sensible et la rassembler, l'unifier sous le 'Je' connaissant, grand maître et chef d'orchestre du processus de connaissance. Sous le 'Je' connaissant idéal, le processus de connaissance rassemble ainsi la diversité des expériences sensibles et les range, les compare, les organise sous différents concepts, transformant les expériences nécessairement personnelles et subjectives au départ, en connaissances universellement partageables, c'est-à-dire objectives. Le 'Je' connaissant est le réceptacle unifié et constant dans le temps de l'expérience scientifique, posé a priori comme condition nécessaire et pré-existante à toute expérience sensible, pour recueillir et organiser les expériences faites sur le Réel.
Dieu n'est pas un sujet de connaissance scientifique parce qu'on ne fait pas l'expérience scientifique de Dieu. Le discours scientifique, les méthodes expérimentales ne sont par opérantes pour connaitre Dieu. Elles ne peuvent produire de discours sur Dieu.
Il faut ici convoquer à nouveau le principe de base du processus de connaissance scientifique pour exclure toute possibilité d'objectiver, même 'l'expérience' mystique et sensible de Dieu. Dans l'expérience mystique, celui ou celle qui rencontre Dieu ne se pose pas en 'Je' connaissant et à distance du sujet [ici Dieu] à connaitre, comme l'exigerait toute théorie de la connaissance. C'est plutôt le Dieu qui choisit celui-ci ou celle-là. Certes, la rencontre est sensible, mais elle n'entre pas dans le champ d'une théorie de la connaissance scientifique, car la non séparation du 'Je' connaissant de l'objet à connaitre exclut toute possibilité d'investigation scientifique comme par exemple renouveler l'expérience mystique par action sur des facteurs déclencheurs, ou encore reproduire en laboratoire les conditions d'apparition de cette expérience mystique.
La conscience du sujet ne se pose pas en surplomb de l'expérience sensible dans la rencontre mystique avec Dieu, car il y a toujours un caractère fusionnel entre l'élu' pour la rencontre et Dieu lui-même.
La recherche de Dieu passe par cet autre moyen d'investigation que l'on nomme le Cœur.
La conscience du sujet ne se pose pas en surplomb de l'expérience sensible dans la rencontre mystique avec Dieu, car il y a toujours un caractère fusionnel entre l'élu' pour la rencontre et Dieu lui-même.
La recherche de Dieu passe par cet autre moyen d'investigation que l'on nomme le Cœur.
Critique de la raison pure - E. Kant - traduction A. Renaut (Garnier-Flammarion) et commentaires Graffiblog entre crochets [ ]
Aubevoye - 07/2016

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