Dali - Marché aux
esclaves avec apparition du buste de Voltaire
Beaucoup
d'artistes plasticiens contemporains plient encore aujourd'hui l'interprétation du sens
profond de leurs œuvres aux quatre éléments de la physique d’Aristote : l'Eau, l'Air, le Feu, la Terre. Il est vrai que
cette conception du monde n'est pas sans poésie. Elle est même la
chair du travail du céramiste, qui, tel un démiurge, met en forme
la terre mouillée d'eau, la sèche à l'air sur les claies de son atelier pour la
cuire ensuite au feu de son four.
Les Temps
Modernes vidèrent la boite à outils conceptuels du physicien du
XVIIième siècle pour de nouveaux outils, tous forgés avec les
mathématiques. Galilée postula que « le grand livre de la
Nature est écrit en langage mathématique ». La caisse à
outils du scientifique garnie des vieux concepts aristotéliciens ne
pouvait plus guère être utile pour lire la Nature.
C'est
sûrement les mathématiques, ce langage formel, compact et univoque,
qui rebute depuis toujours les artistes plasticiens contemporains.
Parce qu' appuyer son œuvre sur la Science moderne suppose un
minimum de connaissance de ces découvertes. Ces connaissances ne
sont véritablement possibles, même pour un simple survol, qu'en
abordant des textes résistants qui ne se laissent déchiffrer
qu'avec un minimum de culture scientifique et un esprit sans aversion
pour les équations. Combien d'artistes plasticiens affrontent les
textes résistants de la Science pour combien qui se contentent
encore de la vieille conception aristotélicienne du Monde si
intuitive? Il y a Max Ernst et son Jeune homme intrigué par le
vol d'une mouche non euclidienne. Le "Marché aux
esclaves avec apparition du buste de Voltaire" d'un Dali passionné de physique quantique. Qui d'autre encore ?
La physique
moderne semble aride et désespérément inhumaine au premier abord,
mais elle a pourtant montré la possibilité de la plus belle et de
la plus incroyable union entre deux particules à travers l'intrication
quantique. Cette émouvante intimité de deux corps par-delà les
distances est magnifiquement évoquée au cinéma par Jim Jarmush.
Aubevoye - 11/2015

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