Jan 1, 2016

Sciences et Arts plastiques

Dali - Marché aux esclaves avec apparition du buste de Voltaire

Beaucoup d'artistes plasticiens contemporains plient encore aujourd'hui l'interprétation du sens profond de leurs œuvres aux quatre éléments de la physique d’Aristote : l'Eau, l'Air, le Feu, la Terre. Il est vrai que cette conception du monde n'est pas sans poésie. Elle est même la chair du travail du céramiste, qui, tel un démiurge, met en forme la terre mouillée d'eau, la sèche à l'air sur les claies de son atelier pour la cuire ensuite au feu de son four. 

Les Temps Modernes vidèrent la boite à outils conceptuels du physicien du XVIIième siècle pour de nouveaux outils, tous forgés avec les mathématiques. Galilée postula que « le grand livre de la Nature est écrit en langage mathématique ». La caisse à outils du scientifique garnie des vieux concepts aristotéliciens ne pouvait plus guère être utile pour lire la Nature.

C'est sûrement les mathématiques, ce langage formel, compact et univoque, qui rebute depuis toujours les artistes plasticiens contemporains. Parce qu' appuyer son œuvre sur la Science moderne suppose un minimum de connaissance de ces découvertes. Ces connaissances ne sont véritablement possibles, même pour un simple survol, qu'en abordant des textes résistants qui ne se laissent déchiffrer qu'avec un minimum de culture scientifique et un esprit sans aversion pour les équations. Combien d'artistes plasticiens affrontent les textes résistants de la Science pour combien qui se contentent encore de la vieille conception aristotélicienne du Monde si intuitive? Il y a Max Ernst et son Jeune homme intrigué par le vol d'une mouche non euclidienne. Le "Marché aux esclaves avec apparition du buste de Voltaire" d'un Dali passionné de physique quantique. Qui d'autre encore ?

La physique moderne semble aride et désespérément inhumaine au premier abord, mais elle a pourtant montré la possibilité de la plus belle et de la plus incroyable union entre deux particules à travers l'intrication quantique. Cette émouvante intimité de deux corps par-delà les distances est magnifiquement évoquée au cinéma par Jim Jarmush.

Aubevoye - 11/2015

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