Via nazionale - Roma - 07/2014
La
via nazionale est déjà très animé ce matin. C’est la capitale,
c’est une grosse artère. Je marche tranquillement sur le large
trottoir.
Il est neuf heure.
On
passe la toile dans la boutique CELIO,
une
chaînette verrouille encore les deux battants à l'entrée.
Sur les bancs en pierre de l'avenue, des vendeurs indonésiens
proposent des petites machines à coudre rigolotes qui ressemblent à
des agrafeuses.
Il
y a eu un gros orage ce matin vers 6h00. Le pavé est encore frais et
les vendeurs à la sauvette vendent aujourd’hui des parapluies de
circonstance. Un type livre un restaurant en bière et en sodas.
Combien s'en boira-t-il aujourd'hui à Roma? Le trottoir côté ombre
de l'avenue sent encore la fraîcheur de l'orage. Je traverse pour le
côté soleil.
Je
croise un SDF devant le supermarché DESPAR.
Il marche à pas lourds, chaudement vêtu, le menton sur la poitrine
comme un enfant qui s'est fait punir. On ne voit que son front, la
pointe de son nez et la masse épaisse de ses cheveux noirs.
Tous
les SDF sont habillés en été comme si c’était l’hiver de
Paris à Naples en passant par Rome. Ils portent manteaux, veste de
gros drap, canadiennes sur une ou deux épaisseurs de chandails et
dorment dans des sacs de couchages quand la nuit est étouffante. Je
m’en suis longtemps demandé la raison. Ce n'est manifestement pas
un affaire de latitude.
C'est, je crois, que la vie leur a collé un pain de glace sur l'estomac, à l’intérieur. Ils tentent
vainement de se réchauffer en s’emmitouflant, par habitude, par
réflexe, mais ils emmitouflent leur solitude.
Roma - 07/2014

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