Encre et lavis (détail) - 2013
L’arrivée de l’orage avait silencieusement tiré
une immense tôle de zinc sur la banlieue. Sous la
ferraille du ciel, les tuiles semblaient maintenant plus ‘brique’,
l’asphalte de la rue plus sombre, l’air plus limpide, la lumière plus lumineuse, le silence
de la nature dans les jardins plus compact.
Romain
marchait d’un pas lent sur le trottoir, les mains dans les poches
de son veston. Les préparatifs de
l’orage lui faisaient l’équivalent visuel d’un exhausteur de
goût. Tout s’était agacé, électrisé, saturé en fin
d’après-midi, alors que les nuages butaient sur les toits des pavillons. Et maintenant, tout était calme, intensément calme.
La rue s’asphyxiait, puante et crasseuse. On attendait le premier plic de la première goutte, le premier flash, le premier roulement de tambour au-dessus de la gare de triage, là où la cornue du ciel, dans une réaction froide, changeait le zinc en plomb.
La rue s’asphyxiait, puante et crasseuse. On attendait le premier plic de la première goutte, le premier flash, le premier roulement de tambour au-dessus de la gare de triage, là où la cornue du ciel, dans une réaction froide, changeait le zinc en plomb.
Quelque-chose allait céder; quelque-chose allait naître.
Aubevoye 01/2016

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