03/2016
Galilée meurt en 1642.
En 1644, le Père Marin Mersenne de l'ordre des Minimes se rend souvent au Vatican. C'est un religieux curieux de sciences et un mathématicien de premier plan; il a vent de l'expérience de Torricelli et tente à son retour de France de refaire l'expérience. C'est un échec, faute d'avoir pu obtenir des renseignements suffisamment précis en Italie. Il faut dire que Torricelli ne fait pas de publicité sur ces derniers travaux. A-t'il peur de l'Inquisition toujours menaçante? Se souvient-il des précédents démêles de Galilée, son maître, avec la redoutable institution? On ne sait pas.
Le père Mersenne profite d'un nouveau voyage à Rome en 1646 pour compléter ses informations sur l'expérience de Toricelli. De retour en France, il en parle à Blaise Pascal. Le père Mersenne est une plaque tournante européenne pour l'échange et la circulation des travaux scientifiques de l'époque dans un réseau qu'on appellera la République de lettres; un moyen de diffuser les savoirs à l'abris des regards de l’Inquisition.
Blaise Pascal réalise l'expérience de Torricelli à Rouen en 1646 avec Monsieur Petit, ingénieur et intendant aux fortifications de Rouen. C'est un succès.
Mais Pascal veut plus encore. Il souhaite réaliser une expérience encore plus probante, irrécusable. L'homme qui a mathématisé le hasard avec l'invention du calcul des probabilités, ne veut rien lui laisser dans le cours de ses propres expériences de physique. Vingt siècles de physique aristotélicienne ne se renversent pas comme ça. Et s'il faut batailler contre l'Eglise qui défend les concepts aristotéliciens qu'elle a péniblement adapté au dogme catholique, il faut aussi tuer symboliquement le père de la philosophie en la personne de Parménide, pour qui le non-être n'existe pas. Achever Parménide que Platon avait déjà fait vaciller dans ses derniers dialogues, en introduisant une forme de non-être dans l'être. De quelle planète viennent Torricelli et Pascal pour oser renverser ce qui est unanimement accepté depuis des siècles par les savants, les philosophes et les religieux? Hors la tête de Toricelli et de Pascal, le vide n'a pas encore de statut ontologique dans l'Europe du XVIIième siècle.
Torricelli meurt en 1647
Pascal imagine de renouveler l'expérience de Rouen, mais cette fois-ci entre Clermont-Ferrand et le Puy de Dôme. Avec ses 1000 mètres de dénivelé entre la ville et le mont que l'on peut parcourir aller-retour dans la journée, c'est le lieu idéal. On évitait ainsi les doutes toujours possibles sur des durées trop longues entre deux mesures (le matériel s'est peut-être abîmé dans le temps? Les conditions climatiques ont changées et peut-être biaisées les résultats ...). Pascal est une scientifique, mais c'est aussi un physicien soucieux des conditions de réalisation des expériences; un pur esprit des Temps modernes.
La sœur de Blaise Pascal habite à Clermont avec Florin Périer, son mari . Pascal demande à son beau-frère de réaliser l'expérience. Si l'expérience est un succès, ce sera une bombe dans la pensée scientifique et philosophique de l'Occident, mais derrière le Père Mersenne, toute une partie de l'Europe scientifique et intellectuelle est déjà prête et espère entendre une telle déflagration. Synchronicité?
Lettre de Monsieur Pascal le jeune à Monsieur Périer
Monsieur,
Je n'interromprais pas le travail continuel, où vos emplois vous engagent, pour vous entretenir de méditations physiques, si je ne savais qu'elles serviront à vous délasser en vos heures de relâche, et qu'au lieu que d'autres en seraient embarrassés, vous en aurez du divertissement (...)
Mais comme la difficulté se trouve d'ordinaire jointe aux grandes choses, j'en vois beaucoup dans l’exécution de ce dessein [l'expérience en question], puisqu'il faut pour cela choisir une montagne excessivement haute, proche d'une ville dans laquelle se trouve une personne capable d'apporter à cette épreuve toute l'exactitude nécessaire. Car si la montagne était éloignée, il serait difficile d'y apporter les vaisseaux, le vif-argent, les tuyaux et beaucoup d'autres choses nécessaires, et d'entreprendre ces voyages pénibles autant de fois qu'il le faudrait, pour rencontrer en haut de ces montagnes le temps serein et commode, qui ne s'y voit que peu souvent. Et comme il est aussi rare de trouver des personnes hors de Paris qui aient ces qualités, que des lieux qui aient ces conditions, j'ai beaucoup estimé mon bonheur d'avoir, en cette occasion, rencontré l'un et l'autre, puisque notre ville de Clermont est au pieds de la haute montagne du Puy de Dôme, et que j'espère de votre bonté que vous m'accorderez la grâce d'y vouloir faire vous-même cette expérience; et sur cette assurance, je l'ai fait espérer à tous nos curieux de Paris, et entre autres au R. P. Mersenne, qui est déjà engagé, par lettres qu'il a écrites en Italie, en Pologne, en Suède, en Hollande, etc., d'en faire part aux amis qu'il s'y est acquis par son mérite (...)
Monsieur
Votre très humble et très obéissant serviteur,
Pascal
De Paris, ce 15 novembre 1647
[Prochain épisode: L'expérience de Florin Périer - Succès]
Torricelli meurt en 1647
Pascal imagine de renouveler l'expérience de Rouen, mais cette fois-ci entre Clermont-Ferrand et le Puy de Dôme. Avec ses 1000 mètres de dénivelé entre la ville et le mont que l'on peut parcourir aller-retour dans la journée, c'est le lieu idéal. On évitait ainsi les doutes toujours possibles sur des durées trop longues entre deux mesures (le matériel s'est peut-être abîmé dans le temps? Les conditions climatiques ont changées et peut-être biaisées les résultats ...). Pascal est une scientifique, mais c'est aussi un physicien soucieux des conditions de réalisation des expériences; un pur esprit des Temps modernes.
La sœur de Blaise Pascal habite à Clermont avec Florin Périer, son mari . Pascal demande à son beau-frère de réaliser l'expérience. Si l'expérience est un succès, ce sera une bombe dans la pensée scientifique et philosophique de l'Occident, mais derrière le Père Mersenne, toute une partie de l'Europe scientifique et intellectuelle est déjà prête et espère entendre une telle déflagration. Synchronicité?
Lettre de Monsieur Pascal le jeune à Monsieur Périer
Monsieur,
Je n'interromprais pas le travail continuel, où vos emplois vous engagent, pour vous entretenir de méditations physiques, si je ne savais qu'elles serviront à vous délasser en vos heures de relâche, et qu'au lieu que d'autres en seraient embarrassés, vous en aurez du divertissement (...)
Mais comme la difficulté se trouve d'ordinaire jointe aux grandes choses, j'en vois beaucoup dans l’exécution de ce dessein [l'expérience en question], puisqu'il faut pour cela choisir une montagne excessivement haute, proche d'une ville dans laquelle se trouve une personne capable d'apporter à cette épreuve toute l'exactitude nécessaire. Car si la montagne était éloignée, il serait difficile d'y apporter les vaisseaux, le vif-argent, les tuyaux et beaucoup d'autres choses nécessaires, et d'entreprendre ces voyages pénibles autant de fois qu'il le faudrait, pour rencontrer en haut de ces montagnes le temps serein et commode, qui ne s'y voit que peu souvent. Et comme il est aussi rare de trouver des personnes hors de Paris qui aient ces qualités, que des lieux qui aient ces conditions, j'ai beaucoup estimé mon bonheur d'avoir, en cette occasion, rencontré l'un et l'autre, puisque notre ville de Clermont est au pieds de la haute montagne du Puy de Dôme, et que j'espère de votre bonté que vous m'accorderez la grâce d'y vouloir faire vous-même cette expérience; et sur cette assurance, je l'ai fait espérer à tous nos curieux de Paris, et entre autres au R. P. Mersenne, qui est déjà engagé, par lettres qu'il a écrites en Italie, en Pologne, en Suède, en Hollande, etc., d'en faire part aux amis qu'il s'y est acquis par son mérite (...)
Monsieur
Votre très humble et très obéissant serviteur,
Pascal
De Paris, ce 15 novembre 1647
[Prochain épisode: L'expérience de Florin Périer - Succès]

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