Feb 21, 2016

Richard III

Vernon - 02/2016

RICHARD

Donc, voici l’hiver de notre déplaisir — changé en glorieux été par ce soleil d’York ; — voici tous les nuages qui pesaient sur notre maison — ensevelis dans le sein profond de l’Océan ! — Donc, voici nos tempes ceintes de victorieuses guirlandes, — nos armes ébréchées pendues en trophée, — nos alarmes sinistres changées en gaies réunions, — nos marches terribles en délicieuses mesures ! — La guerre au hideux visage a déridé son front, — et désormais, au lieu de monter des coursiers caparaçonnés — pour effrayer les âmes des ennemis tremblants, — elle gambade allègrement dans la chambre d’une femme — sous le charme lascif du luth. — Mais moi qui ne suis pas formé pour ces jeux folâtres, — ni pour faire les yeux doux à un miroir amoureux, — moi qui suis rudement taillé et qui n’ai pas la majesté de l’amour — pour me pavaner devant une nymphe aux coquettes allures, — moi en qui est tronquée toute noble proportion, — moi que la nature décevante a frustré de ses attraits, — moi qu’elle a envoyé avant le temps — dans le monde des vivants, difforme, inachevé, — tout au plus à moitié fini, — tellement estropié et contrefait — que les chiens aboient quand je m’arrête près d’eux ! — eh bien, moi, dans cette molle et languissante époque de paix, — je n’ai d’autre plaisir pour passer les heures — que d’épier mon ombre au soleil — et de décrire ma propre difformité. — Aussi, puisque je ne puis être l’amant — qui charmera ces temps beaux par leurs, — je suis déterminé à être un scélérat — et à être le trouble-fête de ces jours frivoles. — J’ai, par des inductions dangereuses, — par des prophéties, par des calomnies, par des rêves d’homme ivre, — fait le complot de créer entre mon frère Clarence et le roi — une haine mortelle. — Et, pour peu que le roi Édouard soit aussi honnête et aussi loyal— que je suis subtil, fourbe et traître, — Clarence sera enfermé étroitement aujourd’hui même, — en raison d’une prédiction qui dit que G — sera le meurtrier des héritiers d’Édouard. — Replongez-vous, pensées, au fond de mon âme ! "Voici Clarence qui vient.
Shakespeare - Richard III - Trad. V. Hugo
Andrew Scott as Richard III
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