Verdun
Notons qu'au début de la monstrueuse entreprise, c'est-à-dire au mois d'Août, jusqu'en septembre même, certaines heures, des journées entières quelquefois, des bouts de routes, des coins de bois demeuraient favorables aux condamnés... On pouvait s'y laisser approcher par l'illusion d'être à peu près tranquille et croûter par exemple une boîte de conserve avec son pain, jusqu'au bout, sans être trop lancinés par le pressentiment que se serait la dernière. Mais à partir d'octobre ce fut bien fini ces petites accalmies, la grêle devint de plus en plus épaisse, plus dense, mieux truffée, farcie d'obus et de balles. Bientôt on serait en plein orage et ce qu'on cherchait à ne pas voir serait alors en plein devant soi et on ne pourrait plus voir qu'elle : sa propre mort.
Voyage au bout de la nuit - LF Céline - Gallimard 1952

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