Vernon - 17h45 - 12/01/2016
Avec la fuite du jour, le ciel se couvre du bleu mat d'un manteau de vieux roi en exil. Un oiseau descend la scène en diagonal. Retardataire que les couleurs de fruits d'été qui s'éteignent à l'horizon, ont alarmé. Toute son inquiétude est dans l'application énergique qu'il met à chaque coup d'aile, comme un enfant qui, après un détour clandestin dans les ruelles de la ville, rentre chez-lui en regardant ses jambes courir pour ne pas penser à la punition qui l'attend à la maison.
Romain est arrivée le premier. Il a ouvert l'atelier. Il est ressorti. Il est assis sur ses talons contre le mur, contre le soir qui s'avance. Personne n'est encore arrivé. L'air est une pâte de verre qui se fige à mesure que le froid tombe sur ses épaules. Une nouvelle sorte de silence envahit la cour. Quel temps fera-t-il cette nuit? Demain? Aucun grand-père n'avait appris à Romain à lire le ciel. Son grand-père paternel était citadin; il lui a appris à aimer la ville.
Le jour reviendra dans quelques heures, et bien avant cela, d'autres fruits d'été. L'atelier s'animera. Mini cycle hebdomadaire emboîté dans le cycle des saisons, emboîté dans le cycle des corps, emboîté dans le cycle de l'année, emboîté dans le cycle de la création, dans le cycle de la vie et des histoires qui se déploient. Jusqu'à quelle profondeur s’enfonçaient ses emboîtements? Jusqu'à quelle profondeur le monde tournait ses engrenages?
Quel grand-père pouvait répondre à ça ?
Aubevoye - 01/2016

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