Croquis d'atelier - 11/2015
Romain avait le sens de la formule concise et moi je n'étais qu'un blablateur. Moi, j'étais capable de dire des conneries à force de tricotter avec ma langue (ça me pendait toujours au nez) mais Romain, lui, ses phrases courtes et ramassées, donnaient toujours beaucoup de poids aux mots. Romain donnait aux mots leur pleine saveur. C'était son style, son mode de vie: faire beaucoup avec peu. C'était sa philo.
Au supermarché, je voyais bien qu'on était dans des approches différentes: je prenais toujours dix fois trop de trucs, en mode 'P.... t'es sûr qu'il y a assez? Ca va le faire?', par peur de manquer, peur de la disette, peur de l'avenir, quand lui prenait peu. C'était sa façon de voir les choses, son 'ça suffira, on fera avec' le guidait à travers les linéaires. Il dînait de peu, parfois une soupe de légumes, une simple tranche de jambon de pays, un morceau de pain, un peu de fromage, un verre de vin, un café bien chaud et une cigarette à fumer assis sur le pas de la porte, face à la nuit.
C'est lui qui était dans le vrai, je le savais. Diogène-le-Cynique n'a-t-il pas dit que si la Nature nous a doté de deux oreilles et d'une seule bouche, c'est qu'il fallait passer deux fois plus de temps à écouter qu'à parler?
Les phrases de Romain que je recueillais lors de nos conversation devant un verre de bière, je les ruminais longtemps après l'avoir quitté sur le trottoir, à la sortie du bar. J'emportais ces trésors dans la nuit froide. Elles constituraient un nouveau point de départ dans la poursuite de mes réflexions, mes appuis, mon socle granitique, ma cigarette face à la nuit.
Aubevoye 11-2015

No comments:
Post a Comment