Sep 19, 2014

Into the Wild (Esquisse romanesque)


C'était dans sa vielle voiture que Paulina détectait le premier signe de l'arrivée du Printemps. Il y avait ce premier jour de l'année, ce premier soleil chauffant l'habitacle et rendant par la vieille sellerie, un parfum d'après-midi d'été. L'auto sentait le 'sec' et le vieux tissus comme au mois de juillet de ses douze ans, quand son père emmena toute la famille en vacances dans sa déjà vieille 203. Première voiture. Paulina était toujours heureuse de cette surprise !

Elle roula sur la N67 les fenêtres ouvertes, émue de la seule promesse des beaux jours qui ne tarderaient plus ! Elle fut de retour chez elle vers 19h00. Elle posa ses clés, son sac et le carton de pizza chaud sur la table de la cuisine, retira ses escarpins d'un coup de talon (en se disant qu'il fallait qu'elle perde cette mauvaise habitude qui bousillait ses chaussures de prix !), passa dans le salon et alluma son ordinateur. 

Le temps était toujours aussi doux. Au fond du jardin, les petits batraciens avaient commencé leur sérénade. Elle pensa que c'était un bon début, consulta ses mails et fut bouleversée par le dernier ! Par quelle magie ces petits signes qui n'étaient en soi que des alignements de pixels noirs sur un fond blanc, pouvaient-ils si directement l'ébranler ? Ces mots qui n'étaient pas matière, ces mots d'une autre essence que son corps, s'interfaçaient avec lui sans aucune entrave, dans une connexion totale, instantanée et intime! 

La pizza refroidissait dans la cuisine. 

Elle mis un châle, déboucha une bouteille de Bourgueil, s'en versa un grand verre, coupa l'éclairage automatique de la terrasse, et sorti fumer une cigarette sur les marches du perron. Des frissons lui parcouraient la poitrine par bouffées, lui donnant dans les épaules des mouvements de nerveux. Le vin lui donnait chaud. Le soir n'en finissait pas de tomber. Elle ne pensait pas au-delà des huit centimètres de tabac qui séparaient la petite couronne de braises rouges du filtre entre ses doigts. Dans la douceur du soir, elle était grenouille, elle était mots du mail, elle était braises !

 09/2014

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